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Les hygiénistes se donnent pour mission de soigner la société dans sa globalité en éliminant

ce qu'ils pensent être les responsables des maladies, c'est à dire l'insalubrité provenant de

l'extérieur de l'homme.

Pour ce faire, ils revendiquent le pouvoir : ils étaient persuadés que l'autorité médicale,

relayée par le pouvoir administratif, avait vocation à diriger la société.

Parce que la science médicale se veut une science de pouvoir, et avec l'avènement du

capitalisme industriel, la thérapeutique ne réside plus dans l'enfermement des pauvres et des

malades, mais dans l'élimination de la pauvreté et de la maladie.

On ne sépare plus les corps du mal des corps sains mais on aide chaque corps à éloigner le

mal en luttant contre l'insalubrité.

Mais ces médecins se sont imaginés les maîtres du système trop vite, et les découvertes

scientifiques vont découvrir que les maladies ne proviennent pas de l'extérieur, de la terre, de

l'air ou de la mer, mais de l'intérieur de l'homme. Dans cette perspective, les hygiénistes n'ont

plus lieu d'être.

L'échec des hygiénistes marque le début de la fin de l'abandon de la gestion des corps aux

médecins. Juste début de la fin, car il ne s'agit pas encore pour le civiliste d'ouvrir les yeux

sur le corps de la personne juridique.

La nouvelle gestion des corps va consister à les protéger de la violence des choses nées de la

révolution industrielle.

Le corps de l'ouvrier, longtemps considéré comme porteur de risques, devient à son tour

menacé. Or le corps de l'ouvrier est la garantie de la richesse de beaucoup.