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Le corps des saints, par l'accès collectif des foules, et le corps du Christ, parce que tout le

monde peut le manger, vont introduire l'idée de collectivisation du cadavre et donc de corps

de la chrétienté.

Or, si le corps de la chrétienté se guérit et se nourrit de ses reliques, les reliques et tout ce qui

en découle deviennent le trésor de cette même chrétienté.

La culture chrétienne va inventer un système de pensée avant même que la science ne les

découvre : ainsi la notion de corps mystique de la chrétienté est à l'origine de la conception

de la banque du sang tandis que les reliques sont à l'origine de l'idée de greffe.

Ainsi, par le sacrifice, le groupe chrétien puis social trouve une unité dans la mesure où le

sang et les reliques sont ceux de tous les chrétiens.

Si le sacrifice est religieux par la tradition des martyrs, il devient également civil par la

tradition militaire.

La guerre exige qu'un "sang impur abreuve nos sillons", et le militaire qui perd la vie en

voulant défendre sa patrie devient un martyr, comme peuvent en témoigner les nombreux

monuments dédiés aux morts de guerre.

Après la première Guerre, la France se dote d'une organisation transfusionnelle, et

l'assimilation dans les esprits entre sacrifice pour la patrie et la perte du sang oblige, à partir

de 1950, les hommes qui ne peuvent effectuer leur service militaire à faire don de leur sang.

Le passage du sacrifice au don se révèle être plus le fruit d'une évolution que d'une rupture :

on est passé du sacrifice de l'autre pour soi au sacrifice de soi pour les autres .

Le donneur d'organe ou de sang se sacrifie parce qu'il donne une part de lui sans en attendre

de rémunération.