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Aussi, des tribus cannibales aux "usages médicaux et mondains du corps humain" décrits

par David Le Breton, il n'y a, malgré les apparences, qu'un pas, la seule différence résidant

dans le fait que les consommateurs ne tuent pas eux-mêmes ce corps humain auquel on

prête nombre de vertus thérapeutique:

" Une pharmacologie, parente de la médecine des signatures, préconise au malade

souffrant d'un lieu particulier du corps de se soigner en consommant sous forme de

poudre, de liqueur, d'onguent, le même organe prélevé sur un cadavre.(...) O.

Scarlatini, dans un ouvrage de 1684, évoque à ce propos un souvenir personnel: "

la graisse humaine est un bon lénitif et un bon calmant pour toute dureté des nerfs et

toute nodosité du corps humain ; à ce propos je me souviens avoir connu un homme,

qui avait atteint l'âge sénile et souffrait de ces douleurs ;bien informé et connaissant

cela, il alla vers certains arbres où pendaient les chairs de quelques condamnés

exécutés, et, en laissant couler sur lui ces graisses sur les endroits où il souffrait du

mal, il guérit rapidement" ".47

Tout ceci n'est pas si loin des reliques mais revenons pour l'instant au cannibalisme primitif

que l'on peut désigner comme l'une des premières thérapeutiques, au même titre que

l'apprentissage de la cueillette et de la connaissance des simples.

L'omniprésence du cannibalisme dans la pensée populaire de la guérison le confirmera.

Pourtant, le cannibalisme dans sa forme primitive va disparaître. Pourquoi?

Parce que le cannibalisme désigne la mort de l'autre comme le moyen de sa propre vie.

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47LE BRETON David,La chair à vif:usages médicaux et mondains du corps humain,PARIS, Métailié, 1993, p.124.