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Le titre de médecin, dont la profession s'est laïcisée, désigne le bon savant du peuple. En tant

que savant, il doit alors répondre à une normativité interne au monde du savoir, et l'irrationnel

devient de ce fait aussi dangereux pour le chercheur que l'hérésie.

La sorcière, parce qu'elle fait figure de marginale face à un savoir institué dans les

universités, et parce qu'elle est titulaire d'un savoir acquis en dehors des lieux de science, est

hors-la-loi.

Etant donné le goût au Moyen Age pour tout ce qui ressort du merveilleux et l'intolérance

croissante du Christianisme comme toute religion monothéiste, de hors la loi, elle devient

nécessairement diabolique.

Or, quelle plus belle métaphore de l'hérésie que notre sorcière, accusé d'avoir fait un pacte

avec le diable avec qui elle aurait fait commerce autant de son âme que de son corps?

L'image de la sorcière nocturne, de la femme qui se transforme la nuit en oiseau de proie, qui

vole en poussant des cris effrayants, qui entre dans les maisons pour y dévorer les petits

enfants est à l'origine d'une composante importante du mythe démonologique.

Une légende semblable est attestée dès l'antiquité, dans la littérature romaine et dans la

mythologie germanique. Au Xe siècle, l'archevêque de Trèves, Réginon de Prum, écrivit un

guide de discipline ecclésiastique à l'intention de ses évêques10. C'est ainsi qu'il nous a

transmis le fameux Canon episcopi, un extrait d'un capitulaire carolingien désormais perdu,

qui évoquait ces femmes inspirées par Satan, volant la nuit sur le dos de certains animaux

avec Diane, la divinité romaine.

Diane, identifiée à Artémis, grande chasseresse, prenait grand soin des couvées et nichées, et

était partout honorée comme la protectrice de la jeunesse. Dans une mythologie plus tardive,

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10SALLMANN Jean-Michel,Les sorcières fiancées de Satan, PARIS, GALLIMARD, 1989, p.27-28