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Parallèlement s'ébauche un autre rapport du pouvoir au mal : il faut soigner certains corps et

ne pas se contenter de les éloigner.

A côté des policiers qui réparent les effets du mal sur l'ordre social, apparaissent les

docteurs, chargés de s'occuper des mêmes maux sur les corps du pouvoir.

La réalité physique du corps, niée par les civilistes, va être entretenue par les médecins, à

travers le corps d'un roi et à travers lui celui du royaume.

Le corps du roi devient image du corps social, et l'on va soigner le corps du roi pour soigner

celui de son royaume.

Il est à souligner dans une perspective moins généraliste la persistance des pratiques

populaires quant à elles beaucoup plus clairement cannibaliques.

Le corps demeure dans la culture populaire la matière de multiples remèdes ou amulettes

dont on s'arrache la possession, suivant un sacro-saint principe : est toujours pathogène ce

qui ressemble au mal, est toujours remède ce qui ressemble au corps sain, par la

ressemblance, on s'approprie ou l'on fuit des forces vitales ou mortelles.

Le bourreau, dont on a vu qu'il représentait à sa manière la pensée cannibale, la perpétue

également en vendant comme médicaments des fragments de cadavres de condamnés52: la

toison du pubis pour les impuissants, la peau comme amulette et talisman, la graisse, les

ongles et les cheveux... La peau préparée en lanière vaut contre l'hystérie ou les spasmes des

mains ou des pieds, et un bandage autour du poignet freine les convulsions épileptiques. La

liqueur ou l'huile de cerveau humain sont utilisées également contre l'épilepsie, de même que

le crâne desséché.

Le caractère sacré du corps, et le détournement opéré de sa destination rituelle à la terre

confère à cet usage thérapeutique une puissance accrue ( qui peut se comparer à la sainteté

des reliques).

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52ATTALI, op.cit., p.111.