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Artémis s'identifiera avec Hécate, déesse aux trois formes : elle est alors Séléné dans les

nuages, Artémis sur la terre, et Hécate aux enfers. Hécate était la déesse de l'ombre lunaire,

des nuits mystérieuses pendant lesquelles la lune se cache. Déesse des carrefours, lesquels

passaient pour être des lieux hantés par des pouvoirs magiques hostiles, elle était associée à

tous les actes obscurs.

Etrange métamorphose d'une déesse protégeant la vie en divinité porteuse de mal, dont le

Canon episcopi se servira pour fixer l'image de la sorcière démoniaque.

Ainsi, le savoir de la sorcière, renié par le milieu universitaire, diabolisé par la religion, se

révèle porteur de vie et de mort, et ce n'est pas pour rien que tardivement le crime

d'empoisonnement sera confondu avec celui de sorcellerie.

Pourtant, loin des universités, des villes et des quelques apothicaires, dans les campagnes

désolées par les famines où les pauvres se sentent traqués, abandonnés des dieux et des

hommes, c'est vers elle que l'on se tourne.

Marie-Thérèse Bordage, dans son article sur "L'histoire du poison"11, nous rapporte un

portrait de la sorcière au XIIIe siècle tracé par Michelet. L'historien nous la montre comme

une créature bienfaisante et compatissante qui avec les "consolantes", les solanées dont elle

connaît les vertus curatives - mais aussi le pouvoir toxique- adoucit les souffrances

physiques et morales des malheureux qui viennent l'implorer.12

Marie-Thérèse Bordage cite alors Michelet :

"La sorcière risquait beaucoup. Personne alors ne pensait qu'appliqués extérieurement ou

pris à très faible dose les poisons sont des remèdes. Les plantes que l'on confondait sous le

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11BORDAGE Marie-Thérèse, "L'histoire du poison", Diagrammes du monde ,janvier 1969,p.12 12Il est à remarquer que Michelet vit dans l'exclusion sociale dont certaines femmes ou veuves faisaient l'objet la cause d'un besoin de revanche que celle-ci chercha à assouvir dans la sorcellerie.