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Très vite, malgré sa matérialité, l'eau va évoquer quelque chose de vivant :l'eau vive des

hébreux, l'eau courante des musulmans, la soeur eau de saint François.

Les gallo-romains gravaient des inscriptions votives à la déesse Yonne. Les Indiens adorent

toujours la mère Gange et les Russes chantent encore avec amour le fleuve-mère, la Volga.

Comme on le verra, les religions ne se sont nullement débarrassées de ce culte qui remonte

aux origines les plus lointaines de l'humanité :

elles ont intégré d'innombrables fontaines

sacrées, dont le culte se perpétue sous l'égide de quelque Saint local ;et beaucoup d'églises,

en France notamment, sont bâties sur des sources.

Il est à remarquer que dans les religions anciennes - du moins dans celles dont quelque

tradition nous a été conservée - l'eau représente tantôt un principe mâle, et tantôt un principe

femelle.

Principe mâle, par analogie avec la liqueur séminale, le fluide vital :l'eau féconde la terre

comme l'homme féconde la femme. Les Sumériens appelaient l'Eau : a, ce qui signifie aussi

:"sperme, générateur" ;Dans les hymnes védiques, le taureau divin, fécondateur du sol

aride, surgit au milieu du tonnerre et des éclairs. Poséidon, dieu grec de la mer, est représenté

en taureau. Virgile évoque le "Tibre cornu". Les actuels Celtes d'Ecosse parlent du "Taureau

des Eaux" qui habite leurs lacs.

Mais plus souvent encore, l'eau est féminine, voire maternelle ;les disciples de FREUD y

verront l'éternelle nostalgie de l'homme adulte pour la tiédeur humide du ventre où il vécut

neuf mois.

De plus, la recherche de l'eau, indispensable à la vie, va gouverner les migrations des

hommes des temps préhistoriques. Les campements quasi-permanents, où l'archéologue

retrouve une histoire qui s'étend sur des dizaines de milliers d'années, se situent bien souvent

au bord des fleuves et des rivières.