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D'après Alain BERNARD, le refus de rémunération ainsi que le rejet de l'échange marchand

des produits du corps par les donneurs signalerait la sacralisation du corps par ces mêmes

donneurs: le don est une pratique altruiste et gratuite qui serait détournée de sa finalité

généreuse si elle générait un bénéfice. Les principes de l'échange marchand doivent être

écartés pour respecter la volonté des donneurs et la nature même du don65.

Le don révèle donc à la fois un aspect sacrificiel mais également la sacralisation du corps : ce

qui est sacré ne doit pas être mélangé avec la vénalité pécuniaire.

Un dernier aspect du don mérite d'être souligné : d'après David LE BRETON, il faut à ce

propos parler de tyrannie du don66.

S'aidant des travaux de Marcel MAUSS, David Le Breton explique le paradoxe apparent du

don qui est d'obliger celui qui l'accepte et fait le parallèle avec le don d'organes.

L'impossibilité matérielle de restituer semble provoquer chez le receveur la culpabilité de ne

pouvoir satisfaire à la morale du don, l'inscrivant dans une dette infinie.

L'organe greffé semble être porteur pour le receveur de l'identité du donneur, que le patient

s'approprie.

Le greffé est contraint à une forme inverse du deuil, mais avec les mêmes incidences

psychologiques : la nécessité de reconstruire son existence en intériorisant la perte d'une

part de soi et l'adjonction difficile à assumer de l'organe d'un autre homme.

Ceci n'est pas sans rappeler la ruse cannibale évoquée plus haut :

manger le corps de l'autre

pour empêcher son âme de nuire et s'approprier ses forces et valeurs.

IMAGE imgs/langlois01.gif 65BERNARD Alain, op.cit., p.177. 66LE BRETON David, op.cit, p.280 s.