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Pour ne plus avoir à faire face à la réalité physique de la personne humaine, les romains vont

créer la personne juridique.

En latin, la personane désigne pas l'acteur, mais le rôle et le masque, autrement dit le signe

qui représente et l'action qui est représentée. Or, toutes ces expressions passèrent très tôt

dans la langue du droit.

Le droit va donc dissocier les personnes et les corps pour composer des personnes,

personne agissant non plus sur la scène physique mais sur la scène juridique.

C'est cette personne juridique qui va se retrouver détentrice de droits et d'obligations,

personne qui n'est pas à confondre avec l'être humain concret fait de chair et de sang.

La personne juridique peut exister à l'occasion de l'existence de l'être humain, mais ne se

limite pas à la vie de cette personne.

Elle peut naître avant le corps, suivant le principe selon lequel un enfant conçu est réputé

comme né s'il y va de son intérêt.

Elle peut mourir après ou avant le corps, après par le biais de la théorie de l'absence, ou bien

avant grâce à la notion de mort civile.

L'existence d'une personne physique n'est pas nécessaire à celle d'une personne juridique,

puisqu'une personne morale est aussi sujet de droit détenteur de droits et d'obligations.

La seule matérialité reconnue à la personne était celle de son patrimoine, comme le fait

remarquer Yan Thomas: " Elle ( l'unité de la personne) recouvre premièrement, en tout

cas originellement, l'unité d'un patrimoine", ce qui explique le fait qu'une personne

juridique peut survivre à une personne physique par le biais de sa succession.

La non prise en compte du cadavre et la création d'une fiction juridique démontrent

l'escamotage du corps dans le système doctrinal du droit civil, ceci afin de ne pas faire face à

l'évidence:le corps est une chose.

De ce fait, le corps humain restera longtemps absent de la sphère juridique.