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La pensée cannibale sous-entend un risque de meurtre cannibale : tuer l'autre pour se

soigner ou se faire tuer pour soigner l'autre, principe inéluctable et destructeur de

l'organisation cannibale elle-même.

La pensée cannibale va perdurer malgré les interdits sociaux et moraux, mais cristallisée sur

d'autres meurtres que celui du prochain, alors que les pratiques populaires perpétueront un

cannibalisme plus flagrant.

S2. Le cannibalisme religieux

Alors que dans la pensée primitive, la maladie est la conséquence des rapports entre les âmes

des morts et celles des vivants, avec le Christianisme, la maladie devient la conséquence des

rapports entre les vivants et Dieu. La maladie et la mort seront vécues de la même manière,

comme il reviendra au même de défendre son âme ou son corps contre le démon.

Avec la pensée chrétienne, le corps n'est plus la prison d'une âme qui s'envolait tourmenter

les vivants si elle n'était pas rapidement renfermée dans un autre corps, mais son réceptacle

qui l'abrite et la matérialise pendant son passage terrestre avant d'accéder à la vie céleste.

Cette âme qui n'aspire qu'au divin a besoin de ce corps ; c'est par lui qu'elle peut avoir des

rapports avec l'extérieur, comme c'est grâce à lui que l'extérieur peut accéder à elle ( les

sacrements sont obligés de passer par le corps pour accéder à l'âme du croyant).

Le corps devient donc, outre une velléité, une nécessité qu'il faut entretenir, ce qui justifie le

fait que l'Eglise, contrairement au droit civil, ne va pas passer sous silence la réalité

corporelle de ses ouailles.