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Kostas Nassikas cite des propos de Pierre Clastre45allant dans ce sens :

" Le cannibalisme, c'est une technique supplémentaire de lutte contre les âmes des

morts.

Pour éliminer l'âme, il faut manger le corps. Si on ne le consomme pas, ove ( l'âme)

et ionve ( le corps) restent auprès des vivants, prêts à les agresser, à pénétrer dans

leurs corps pour y provoquer la baiwa ( maladie) et les tuer en fin de compte...

La mort libère l'âme du corps qui jusque -là la retenait "prisonnière" incapable de

nuire...Pour couper court aux entreprises de l'âme, il faut manger le corps qu'elle

vient d'abandonner...Cela empêche les âmes de pénétrer en celui des vivants...Si ove

persistait en son effort pour investir l'espace intérieur du corps vivant, qu'y

trouverait-elle? Son ancienne enveloppe, double matériel détruit, maintenant

morcelée et consommée...avec laquelle elle ne peut plus entretenir de rapports....Le

moyen par lequel on devient l'ove d'un mort c'est le cannibalisme".

Les propos de Clastre soulignent cette conception cannibale du corps qui fait du corps des

vivants une prison des âmes. Mais dès que le corps des vivants devient un cadavre, perdant

ainsi sa finalité carcérale, il faut rapidement empêcher de nuire cette âme libérée et porteuse

de menaces en la renfermant à nouveau dans une prison, c'est à dire dans un corps-prison et

donc vivant.

Le corps est donc perçu comme une prison de l'âme, mais qui cesse de l'être avec le passage

du stade de corps vivant à celui de corps mort, devenant une chose impuissante.

Par conséquent se dessine une explication thérapeutique et non plus gastronomique de

l'intérêt du cannibale pour les cadavres.

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45NASSIKAS Kostas,Oralité et violence, PARIS, édition L'Harmattan, 1989, p.122.