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d'admiration le peuple de Paris accouru aux abords. Tous ignoraient l'origine des
chandelles et nul ne songeait à s'en inquiéter.

Bien des années après, en 1813, la police commença à surveiller discrètement
des garçons d'amphithéâtre qu'on leur avait signalés comme se livrant au trafic
macabre de graisse humaine. L'instruction de cette affaire, jugée si grave que le
ministre de la Police Générale de l'Empire en fut directement avisé, révéla que ce
commerce était depuis longtemps bien organisé. Une sorte d'association s'était
créée entre les garçons d'amphithéâtres privés (y compris ceux de la faculté de
médecine) et certains employés des hôpitaux parisiens - grands fournisseurs de
matière morte. On trouva des quantités considérables de graisse humaine dans les
logements des garçons de l'école de médecine. Deux mille litres par ci, vingt litres
par là, quatre cents kilogrammes chez l'un et quelques fontaines de grès chez un
autre, remplirent une charrette à deux chevaux et il fallut trois ouvriers pour évacuer
les sept quintaux de gras funèbre en stock vers l'habituelle destinataire de
l'excrément parisien : la voierie de Montfaucon.

Mais qui pouvait bien s'intéresser à ce produit macabre ? Non fondu, il servait à
graisser les roues des charrettes qui transportaient les cadavres des hôpitaux vers
les amphithéâtres d'anatomie et il est loisible d'imaginer que cet usage, peut-être
accidentel, a généré les autres. Bien sûr, il y avait l'antique besoin charlatanesque.
De tout temps, la graisse des morts avait soulagé les douleurs des vivants, mais en
ce domaine, la falsification devait battre son plein, réduisant la demande à l'ombre
de la théorie...

A cette époque, les grands consommateurs d'huiles animales étaient les
fabricants de perles fausses et les émailleurs. Pour opérer, ces derniers avaient
besoin du feu ardent que leur procuraient des lampes à huile. Or ce combustible,
pour chauffer intensément et régulièrement, devait être liquide. Seule la graisse de
cheval etd'homme possédaient les qualités nécessaires à la délicatesse de leur art.
Pour la fabrication des chandelles, il fallait mélanger la graisse humaine,trop
liquide, avec celle d'autres animaux: porcs ou moutons. L'infâme mixture était
confectionnée à l'Ecole de médecine avec les cadavres d'indigents morts à l'hôpital.
Condamnés à six mois d'emprisonnement, les coupables furent envoyés à Bicêtre,
d'où on les relâcha bientôt, la Faculté de médecine ayant impérieusement besoin
d'eux
131.

Cependant, ce trafic lucratif (le cours de la graisse humaine atteignit jusqu'à 17 sols
la livre) ne fit pas seulement craindre pour la paix publique, très vite, la peur des
maladies épidémiques prit le dessus. On fit rechercher les acheteurs ordinaires qui,
s'estimant trompés sur la marchandise, réclamèrent une indemnisation et le moyen
scientifique de distinguer désormais des autres ce produit mortifère. Le Conseil de
salubrité de la Seine, installé depuis 1802 auprès du Préfet de police, matrice de
tous les futurs conseils d'hygiène et de salubrité de France, se mit à l'ouvrage. Le
grand chimiste Dupuytren rédigea alors un véritable aveu d'impuissance : "Les
graisses d'hommes, de cheval et d'âne, ne pouvaient être distinguées entre elles,
parce qu'elles ont toutes une couleur jaune, une concrescibilité très faible, une très
grande fétidité, et qu'elles se précipitent en globules".
132

Qu'on ne se leurre pas, l'inquiétude n'était pas tant de vendre une huile pour une
autre, que celle de laisser les chemins de la contagion s'installer entre la mauvaise
graisse morte des pauvres et celle, vivante, des riches qui s'en éclairaient. L'haleine
des hôpitaux, comme celle des faubourgs était empoisonnée, il fallait y parer. Et
Parent-Duchâtelet de s'en étonner (bien avant la pastorisation) : "Comme si

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131On peut supposer que cette main d'oeuvre déjà rare l'était encore plus en pleine épopée
napoléonienne. D'autres théâtres macabres, plus glorieux, s'offraient alors.
132PARENT-DUCHATELET, ibid., p. 272.
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