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une stupeur profonde qui dure douze ou quinze heures. Ce qu'il advint pendant ce
sommeil de la mort est en tout digne des horreurs de la tombe. De petits vers,
nourris de viandes putréfiées, d'ignobles insectes, percèrent la peau du crâne, des
yeux, des oreilles, du nez et de la bouche, de tout le corps enfin de notre défunt
vivant, et déposèrent leurs oeufs sous cette chair chaude, avinée et en tout point
favorable à leur lignée. Si la mort, comme disaient les anciens, donne toujours la
vie, celle-ci, mieux que la mort, prouva ce qu'elle peut en ce genre sous la peau de
notre Bas-Normand. Il sortait à peine de son ivresse, lorsque la dégoûtante couvée
se hâtait de voir le jour. Alors, vous eussiez vu des myriades de sales vers, petits,
nauséeux, d'un gris blond, percer lentement le miroir des yeux, sortir des narines
ou des oreilles, ramper sur la peau du front et de la tête ; quelquefois, la toux en
chassait violemment un paquet de la bouche ; ailleurs, et sur tout le corps, c'était le
même hideux tableau ; partout, en un mot, on rencontrait vermine et dégoût. Cet
homme mourut quelque temps après, dévoré lentement et en détail par ces affreuses
bêtes. Il avait perdu la vue, l'ouïe, l'odorat dans cette affreuse mêlée de vers et
d'insectes. Lorsque les moyens qui tuent ces parasites eurent opéré, il resta sous la
peau de longues et étroites galeries qui se remplirent de matières ; il fallut les inciser
et les vider ; son corps fut bientôt sillonné comme une carte de géographie ; il faisait
mal à voir et à entendre, et, en s'éloignant de lui, on se rappelait, malgré soi, la pa-
role de Job sur son fumier : "Cur misero lux data est?" 
43.

Comme dans cette histoire il faut sans doute le voir pour le croire. Le Docteur
Icard, qui y fut apparemment confronté, raconte ce qu'il a vu :
"A l'époque déjà lointaine où nous étions internes à l'hôpital de la Charité à
Marseille (1886) (...), nous trouvâmes étendu sur une paillasse un mendiant
vagabond, que des agents de police avaient relevé sur la voie publique et dans un tel
état de saleté sordide que, n'eussent été les mouvements dont cette masse était
animée, on l'eût pris assurément pour un monceau d'ordures (...). Ses pieds mis à
nu nous offrirent un spectacle horrible : les espaces interdigitaux, les dessous des
orteils, étaient occupés par des paquets de gros vers blancs qui grouillaient,
dévorant avec avidité les chairs du malheureux" 
44.

Pour Icard, ce pauvre homme "n'était pas un dément, mais un dégradé de la vie,
un de ces êtres chez qui le sens humain s'émousse insensiblement et finit par
disparaître tout à fait, si bien que leur place est au-dessous de celle qu'occupe
l'animal lui-même, puisque celui-ci a encore la volonté de se défendre et de se
protéger suivant ses moyens"
45.

Les enfants et les infirmes, êtres sans défense, sont aussi victimes des vers. Les
pouilleux, chez qui la misère physiologique diminue "la force du sang et la vitalité
des chairs"
46, y seraient prédisposés.

Et de réclamer pour la maladie une place dans les traités : "Ces faits, quoique
très offensants pour l'hygiène moderne, ne doivent point, de prime abord, être
écartés comme impossibles. Ils doivent être recherchés et classés avec soin ; une
place doit leur être réservée dans les traités de dermatologie" 
47.

Expliqué successivement comme beaucoup de maladies par la malédiction
divine, puis ici par le manque hyperbolique d'hygiène, le mal d'Antiochius a rempli


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43Dr. H. LAUVERGNE, De l'agonie et de la mort dans toutes les classes de la société sous le
rapport humanitaire, physiologique et religieux, Paris, I, (1842), chap. III (de l'Ivrognerie), p.
153 à 155.
44Dr ICARD, "La maladie d'Antiochius", C.M., (1906), p. 515-516.
45Dr. ICARD, Id., p. 519.
46Ibid., p. 520.
47Ibid., p. 520, c'est nous qui soulignons.
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