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souhait et l'on put enfin brûler le corps provisoirement embaumé. Dans les jours
qui suivirent, une grande manifestation eut lieu à Milan où l'on ne tarda pas à créer
la première société de crémation.
L'idée, pourtant, était française et l'apôtre italien de la crémation, le docteur
Pini, le reconnaissait. En l'an V, Legrand d'Aussy avait soumis un projet de loi,
qui reconnaissait la liberté de la crémation, au Conseil des Cinq Cents. Repoussé à
une faible majorité, le projet fut porté par Cambry devant l'administration de la
Seine, qui projeta la construction d'un monument crématoire et d'un colombarium.
Mais les études sur le fonctionnement de ce nouvel appareil funéraire, conduites par
l'Institut, découragèrent par le coût et les difficultés techniques. Le principe de la
crémation fut cependant officiellement reconnu par un arrêté préfectoral de Frochot
le 1er floréal de l'an VIII : "les derniers soins à rendre aux dépouilles humaines
sont un acte religieux, dont l'autorité publique ne pourrait proscrire le mode sans
violer le principe de la liberté des opinions" 114.
La dialectique révolutionnaire, associée à l'audace administrative de la période
consulaire, ne pouvaient qu'aboutir à la remise en cause des principes chrétiens qui,
dès l'origine, avaient condamné un procédé que les païens employaient comme
moyen de purification matérielle et spirituelle. Mais, conformément à l'habituelle
trajectoire historique, ce sont encore les guerres qui vont servir de prétextes aux
entorses culturelles, en même temps qu'à des expérimentations massives.
Après la bataille, l'abomination continue. Il faut démêler les viandes
pourrissantes des chevaux de celles des hommes et s'en débarrasser au plus vite.
Or, la quantité décourage autant que les dangers de la manipulation et quand on
enterre vite fait, c'est toujours mal fait. Les cadavres des batailles ne sont pas
comme les autres : "les amas de cadavres inhumés du jour au lendemain à la suite
des grandes batailles et souvent dans des conditions hâtives, ne doivent pas être
aussi inoffensifs que les cadavres des villes reposant dans des cimetières
généralement bien tenus" 115. Encore moins biologiquement tranquilles que les
autres, ils vont être accusés de tous les maux : "ce ne sont pas seulement la
dysenterie et le typhus qui ont été attribués à la proximité (de ces) cadavres, c'est la
pneumonie, c'est la fièvre typhoïde et ce seront peut-être plus tard des épidémies
encore plus meurtrières" 116.
Leur turbulence biologique ne s'arrête pas à ces menaces, comble de l'horreur,
ils bougent : "Lorsqu'un corps se putréfie dans un cercueil, le développement de
gaz n'a pas d'importance, il ne fait pas mouvoir le sol ; mais lorsque plusieurs
centaines de cadavres sont enterrés dans une seule fosse et que la décomposition
arrive, le travail des gaz accumulés dans les abdomens soulève les tumuli, les
crevasse et produit de larges fissures par où les gaz s'échappent librement ; puis, la
décomposition continuant, les cadavres se soulèvent les uns les autres et renversent
les terres qui les recouvrent ; j'en ai trouvé souvent dont les bras et les jambes
sortaient des fosses, à moitié dévorés par les chiens et les oiseaux..." 117
En bref, l'épouvante multiforme appelle, au moins dans ce cas si extraordinaire
du champ de bataille, à la crémation. D'ailleurs, les Grecs et les Romains ne
conservation, ou de destruction de cadavres, y compris la crémation" (décret de 1876 rapporté dans
RHPS, II, (1880), p. 854-855).
114 M. E. ROLANTS, "Etat actuel de la crémation des cadavres", RHPS, XXXII, (1910),
p. 1118.
115 V. LE GOIC et P. COUPRY, "Application d'un système de draînage aux inhumations qui
suivront les grandes batailles", HPML, ILVI, (1901), p. 537.
116 V. LE GOIC, id., p. 535 parlant de M. LEVY et KELSCH hygiénistes militaires de la
génération précédente (pré-pastorienne).
117 L. RIANT, S.M.P., p. 72.
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