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moins celle des dangers de contamination microbienne qui se substitua sans heurts
à la peur séculaire des émanations putrides.
En août 1882, plusieurs ouvriers ayant été victimes d'émanations en travaillant
dans un caveau du cimetière de Montparnasse, la presse se déchaîna contre les
égoûts, les usines et les cimetières, ces trois foyers traditionnels de l'angoisse
biologique du XIXème siècle. La question des Odeurs de Paris, périodiquement
soulevée par des affaires de ce genre, faisait partie d'une sorte de tradition olfactive
internationale en Europe où chaque ville avait son odeur impitoyablement comparée
à celles des autres. C'est alors qu'après une série de débats et d'expertises, la vieille
idée d'Haussmann refit jour. Débarrassant à tout jamais Paris et ses environs de la
production gigantesque de cadavres que l'urbanisation incessante entrainait, une
immense nécropole fut projetée à Méry-sur-Oise. Elle cristallisa un moment la
colère puis l'humour de la population parisienne et l'hygiéniste du Claux rapporte
dans son bulletin 106, que l'obligation où l'on aurait été de construire un chemin de
fer spécial pour aller à Méry, provoqua à ce point l'hilarité, qu'on mit en chansons
les trains mortuaires et les croque-morts aiguilleurs. Même si ce projet, qui
bouleversait trop le culte des morts, ne fut pas réalisé, la crainte biologique
qu'inspiraient les cimetières révèle son intensité dans cet effort de distanciation par
le rire. Désormais présentés par l'effet de la microbiologie comme des "réservoirs
de bouillons de culture (...) installés à nos portes, remués en partie chaque jour par
les inhumations nouvelles" 107, les cimetières vont mobiliser les plus grands
savants.
Au Xème congrès international de médecine, Pétri, qui avait montré
expérimentalement que les germes des corps pouvaient se retrouver dans le linceul
et le bois du cercueil, appela les scientifiques à répondre au mieux à la question de
la nocivité des cimetières. C'est ainsi qu'en 1897, un savant allemand qui avait
expérimenté pendant deux ans sur des animaux "choisis pour se rapprocher du
poids et de la taille de l'homme" (c'est-à-dire des porcs), démontra que les
cimetières n'étaient pas nuisibles, à la condition que des couches de terre, même de
faible épaisseur, filtrent convenablement les eaux polluées entre les cadavres et la
nappe souterraine. 108
Les griefs contre les cimetières se sont, à mesure des progrès de la science, plus
précisément formulés. Le droit funéraire emboîte à pas retardés cette évolution et
son histoire pourrait se résumer ainsi sans fausses notes : Décret du 23 prairial an
XII - Thème et variations. Le détail articulatoire suit de près les soucis
budgétaires des communes ou la possible survenue de circonstances
exceptionnelles, comme les cadavres étrangers en transit. Il s'organise en une
combinatoire où se décrypte aisément l'influence déterminante de l'hygiène.
Cependant, la représentation mentale du travail opéré par la décomposition, cette
sorte de digestion plus ou moins laborieuse que la terre réalise, cette mangeaille
épouvantable, dont toutes les manières de table sont au mieux contenues par
l'hygiène, tout ça traîne et inquiète encore. Et cet usage fataliste qui laisse à la
nature le soin de transformer les corps en poussière, va subir des assauts puissants
et répétés pendant toute la seconde moitié du XIXème siècle.


106 V. du CLAUX, "Cimetières parisiens", HPML, XI, (1884), p. 113 à 121.
107 V. LE GOIC, (médecin major de 2ème classe au 64ème d'infanterie), "Installation à Saint-
Nazaire du "cimetière de l'avenir" (système Coupry)", HPML, ILIV, (1900), p. 504.
108 LAESENER, "Ueber das Verhalten von pathogenen Bakterien in beerdigten Kadaveren",
(Arbeiten aus dem kaïserlichen Gesundheitsamte, V, 12, f. II, p. 448), rapporté dans HPML,
IIIVII, (1897), p. 39 à 44.
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