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putrides. Sachant que les hôpitaux eux-mêmes étaient considérés, à l'image de ces
industries insalubres comme des foyers d'infection pour lesquels on cherchait
encore théoriquement une disposition spatiale propre à neutraliser ces fâcheuses
influences, on peut imaginer ce que pouvait représenter, pour les promoteurs de ce
nouvel esprit scientifique, l'occasion inespérée d'une expérimentation sur des
humains saignants, couverts de vermine et menacés par la gangrène et la mort.
Observation immédiatement faite de l'efficacité de l'appareil, une lutte sans merci va
alors s'engager pour obtenir les fonds nécessaires à la construction de ces
nouveaux instruments à guérir. Elle durera tout le siècle.
Les hôpitaux et même les casernes, les écoles et les cités ouvrières, doivent donc
en bonne partie à cette confusion inopinée des matières humaines et animales, le
coup d'envoi d'une architecture d'avant-garde que tous les pays d'Europe et
d'Amérique même vont nous emprunter : le pavillon prophylactique 93.
Si toute cette viande en transit que recueillent les hôpitaux est comparable à celle
des animaux qui viennent se faire abattre scientifiquement et humainement 94, elle
ne l'est ici qu'accidentellement. Mais la matière crue, pour laquelle on ne sait pas
déterminer avec certitude le moment de la mort, va très vite changer d'état et sa
putréfaction va entraîner les mêmes mesures éliminatoires, qu'elle soit animale ou
humaine. Toutefois, les rites funéraires s'acharneront à marquer une distinction qui
n'est pas toujours allée de soi.
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La méfiance des vivants vis-à-vis des cadavres en putréfaction est très ancienne.
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C'est ainsi qu'un concile défendit, en 565, d'enterrer les morts dans les églises et
même dans l'enceinte des villes . Mais la répétition des arrêts des parlements et des
décisions conciliaires prouve leur inefficacité. Beaucoup d'intérêts puissants étaient
en jeu. D'une part, avoir sa sépulture dans une église était une haute distinction et
d'autre part, cette distinction était monnayable. Au Concile de Milan en 1565, une
solution médiane fut demandée au pape Pie V par l'évêque Charles Borromée : on
pourrait mettre son tombeau dans une église mais pas son corps. Toutefois la mode
ne s'en répandit pas et on peut lire dans l'essai de Vicq d'Azyr de 1776 combien
l'inhumation dans les églises était courante et tolérée : "les dépositaires de l'autorité
ne sachant pas fermer l'oreille aux clameurs de l'intérêt et se montrant plus
préoccupés de courir après de légers et frivoles applaudissements" 95.
Dans le même temps, certains hauts personnages montraient leur désaccord en
se faisant ostensiblement enterrer au cimetière. Tel le chancelier d'Aguesseau, ou
encore l'anatomiste Verheyren, sur la tombe duquel étaient gravés ces mots :
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Philippus Verheyren,
Medicinae doctor et professor,
Partem sui materialem,
Hic
In coemeterio condi voluit,
Ne templum dehonestaret,
Aut nocivis halitibus inficeret
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