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qu'aucun avis même n'était donné de leur passage aux villages où ils devaient
s'arrêter : enfin, que ces blessés, que ces malades, auxquels il restait assez de force
pour quitter ces misérables voitures, étaient réduits à recevoir de la charité
particulière le morceau de pain, sans lequel ils ne pouvaient faire quelques pas de
plus".
86

Après ce voyage dantesque, la chair à canon s'épanche dans la capitale de la
civilisation où des humains l'attendent. Pris d'une fièvre compassionnelle, les
Parisiens de tous âges abandonnèrent le cours tranquille de leurs activités pour
secourir ces hommes défaits. Comprenant que toute cette misère était la monnaie de
leurs propres vies, tous n'avaient de cesse de se faire accepter et d'endosser pour
un moment la douleur de leurs défenseurs. Apportant qui des vêtements, qui des
vivres, qui des consolations, ils accompagnèrent ce flot lamentable d'une
effervescence où se mêlaient l'amour du même et la pitié pour ce qu'il était devenu.

L'afflux incessant des blessés entraîna leur redistribution dans les hôpitaux et les
hospices de Paris et, bien que privilégiant les militaires, ne souleva aucune
protestation chez les malades civils. L'organisation balbutiante qui suivit reversa le
trop-plein dans les hôpitaux des départements de Seine et Oise et de tous ceux de
Normandie. "En vain, le conseil général (des Hospices) s'éleva-t-il contre ces
mesures qui enlevaient de ses hôpitaux des hommes encore en danger, encore
exténués, et dont le déplacement pouvait compromettre les jours".
87On ne prit pas
même le temps de trier et l'impéritie administrative déterminait quelquefois la
destination de ces voyageurs vers des lieux déjà combles : "Les malades qui, ne
trouvant pas plus de secours dans ce second voyage qu'ils n'en avaient trouvé dans
le premier, expiraient quelquefois durant la première journée"
88.

La succession des vivants et des morts, bien qu'extrêmement rapide, fut encore
précipitée par l'arrivée du typhus, vieux compagnon des guerres, plus connu à
l'époque sous le nom de "fièvre des hôpitaux". Des malheureux, se croyant saufs
de la guerre, arrivaient dans leurs familles et en contaminaient les membres qui, très
vite, infectaient des villes ou des villages entiers. Le déluge de malades et les
besoins d'isolation, déjà pressentis à l'époque, obligèrent à une nouvelle
distribution et à un autre resserrement dans les hôpitaux.

Qui pourra encore croire, lisant ceci, que l'hygiène n'avait pas préparé le terrain
à la théorie microbienne :
"Aucun soin ne fut négligé pour prévenir, autant qu'il était possible, les
dangereux inconvénients de cette surabondance de malades ; renouvellement
continuel d'air, fumigations guytoniennes, aspersion de vinaigre dans les salles,
désinfection des habits des malades vivants, redoublement de propreté, changement
fréquent de linge dans les lits et sur la personne des malades, etc."
89.

Le personnel soignant, déjà fort rare, n'échappa naturellement pas à ce naufrage,
diminuant ainsi les chances de survie des blessés et des malades.

C'est alors que pris dans ce tumulte, les hommes s'installèrent une fois de plus
chez les animaux. Trois hôpitaux supplémentaires furent logés dans les abattoirs du
Roule, de Montmartre et de Ménilmontant. Or, ceux-ci étaient en construction.
Dans quelques bâtiments, les portes et les fenêtres faisaient encore défaut. Partout
les matériaux encombraient les passages. La ferveur patriote des Parisiens précipita
l'achèvement de l'indispensable : fermetures, sols et ameublement. En huit jours les
abattoirs purent recevoir 4100 malades et il restait encore 1900 places disponibles.

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86Rapport général des Hospices, HPML, XLII, (1840), p. 240.
87"Statistiques des décès dans la ville de Paris", HPML, XLII, (1877), p. 106 et suivantes.
88Id.
89Ibid.
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