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En 1840, sous le ministère Guizot, les morts des trois Glorieuses que l'on put
encore retrouver furent exhumés. La comparaison inévitable avec la mémorable
entreprise des Innocents avait d'abord fait penser que l'affaire n'offrirait pas de
difficultés sérieuses, or "des dangers se présentèrent sur plusieurs points, et
rendirent très difficile la terminaison de l'opération, et empêchèrent les membres de
la commission (du conseil de salubrité) de recueillir une foule de renseignements
utiles."
100Le grand chimiste Labarraque qui était chargé du secteur "sursaturé" du
marché des Innocents, fit asperger cette lamentable matière humaine avec une
solution de chlorure de chaux qui avait déjà fait ses preuves pendant la terrible
épidémie de choléra de 1832. Elle neutralisait les odeurs et réduisait ainsi
considérablement les craintes des opérateurs et du voisinage. Cependant, les
embûches rencontrées rendaient de plus en plus suspectes les observations de
Thouret : "A l'époque de la destruction du cimetière des Innocents, la science
n'avait pas encore à sa disposition des moyens de désinfection aussi énergiques que
ceux dont nous pouvons faire usage, et qu'aurait rendu indispensables la masse
énorme des restes qu'il s'agissait d'enlever ; aussi doit-il paraître surprenant qu'une
opération aussi gigantesque ait pu être terminée avec aussi peu de résultats fâcheux
pour les hommes qui y ont pris part."
101

En 1881, Du Mesnil, rapporteur d'une commission chargée par le Conseil
municipal de rechercher les moyens scientifiques d'accélérer la décomposition des
corps dans les cimetières bondés de la capitale, déclara que la décision du lieutenant
général de police qui avait provoqué le déplacement du cimetière des Innocents,
avait eu pour cause aussi impérieuse que l'hygiène, les nécessités de la circulation.
Mais si aucun accident sérieux n'avait été constaté, c'était, pour Emile Vallin,
parceque la mortalité de ce quartier populeux était déjà considérable, que les fièvres
malignes et putrides y étaient endémiques et que"les recrudescences épidémiques
pouvaient à la rigueur y passer inaperçues ou n'attirer que médiocrement
l'attention."
102Et le savant hygiéniste de s'indigner devant les affirmations de la
commission des cimetières qui continuait à entretenir le mythe : "en conclure que
l'état sanitaire n'était pas mauvais, c'est, qu'on y prenne garde , venir déclarer que
l'hygiène publique est inutile, et qu'il importe peu pour les habitants d'une ville de
vivre au milieu de la fange et des immondices, ou d'entretenir à grands frais la
pureté de l'air que nous respirons." 
103

Cette attitude de défi devant la pourriture avait depuis longtemps un pendant
comportemental qui assimilait les cimetières à des lieux extrêmement banalisés. Le
4 août 1745, à la requête de l'évêque de Boulogne, le parlement défendit, autant
aux laïques qu'aux écclésiastiques, de faire paître les bestiaux dans les cimetières.
A Dijon, interdiction fut faite au seigneur de Martigny-le-Comte, de permettre la
danse à ses vassaux dans le cimetière de cette paroisse. 
104

La question épineuse des cimetières trouva dans ce pilier du droit funéraire
qu'est le décret du 23 prairial de l'an XII, une solution qui satisfit longtemps tout le
monde. Mais, si la radicalité administrative de l'époque napoléonnienne réussit à
expatrier les morts des églises et des villes, réglant au centimètre près les mesures
de leurs costumes de terre
105, elle ne put prévoir la crainte ultérieure d'une
possible pollution des nappes souterraines par les infiltrations de liquides, et encore

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100H. GAULTIER DE CLAUBRY, "Relation des exhumations faites après dix ans des morts des
journées de juillet 1830", HPML, XXIX, (1843), p. 8.
101Id., p.10.
102Dr. E. VALLIN, "La question des cimetières", Bulletin de la RHPS, III , (1881), p. 634.
103Id., p. 636.
104P. BROUARDEL et O. du MESNIL (du C.C.H.P.), "Les sépultures. Projet de révision du
décret du 23 prairial an XII.", HPML, XVII, (1896), p. 406.
1050,80 m de large et 1m50 de profondeur sous une terre foulée dans des cimetières entourés de
murs de 2 m et dont l'orientation était aussi étudiée que celles des fabriques insalubres.
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