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Dans ces lieux, on peut laisser au corps le temps d'atteindre la mort vraie, celle
du début du changement de la matière, celle, mythique, de la putréfaction
66.

Aucun cas de mort apparente n'est signalé dans ces dépôts par les auteurs, mais
ils semblent efficaces pour calmer les esprits et remplir un rôle philanthropique qui
était à l'origine de leur invention en 1785 par Thierry, mais n'avait pas déterminé
leur réalisation. Or en 1879, une Commission spéciale de la Société de Médecine
Publique composée de Du Mesnil, Napias et Brouardel, c'est-à-dire la fine fleur de
l'hygiène, "se sont exclusivement préoccupés de la nécessité d'enlever le plus
promptement possible les cadavres des décédés de ces logements constitués par une
pièce unique pour toute une famille parfois nombreuse, logements dont le nombre
est de près de 100 000 à Paris, dans les quartiers pauvres. Cette création nous
apparaissait comme d'autant plus nécessaire, que les oeuvres s'occupant
d'assistance à domicile, sociétés de secours mutuels, association des ouvriers d'une
même industrie, des employés d'une même administration, se multiplient chaque
jour et que les faits de promiscuité regrettable des morts et des vivants (...)
deviennent par cela même de plus en plus fréquents"
67. Autrement dit, l'oeuvre de
philanthropie sert d'abord à préserver les philanthropes. Ceci n'est guère choquant
dans la mentalité hygiénique dominante de l'époque qui prend en compte la
présence des ouvriers comme s'ils étaient d'abord des nuisances et non des êtres
humains. Cependant, on ne peut pas construire partout ce genre de voirie et le souci
de prévenir les inhumations précipitées va faire subir à l'appareil législatif un
véritable travail au corps.L'article 77 du Code Civil contient déjà en germele
double souci du délai et de la constatation du décès. Rappelons ce concentré
d'expression des inquiétudes :
"Aucune inhumation ne peut se faire sans autorisation sur papier libre, sans
frais, de l'officier de l'état civil, qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté
auprès de la personne décédée pour s'assurer du décès et que vingt-quatre heures
après le décès, hors les cas prévus par les règlements de police"
68.

Le délai s'entendant comme l'espace temporel séparant la déclaration à l'officier
d'état civil et l'inhumation, ceci, pour prévenir les déclarations mensongères. On
devine déjà, au travers de cette précision, la grande hâte qu'ont les gens pour se
débarrasser de leurs morts.

Lors de la discussion au Conseil d'Etat de cet article 77, Fourcroy avait déjà
réclamé la présence d'un officier de santé pour établir la réalité du décès, mais le
Tribunal de Cassation avait ensuite déterminé le Gouvernement à laisser le soin du
mode de vérification à l'initiative des règlements locaux. C'est ainsi que Frochot,
Préfet de la Seine, créa le 21 vendémiaire de l'an IX, le premier service de
vérification médicaledes décès.

Dès 1821, le Préfet Chabrol profita de l'institution pour y glisser une amorce
d'entreprise statistique sur les décès et des bulletins de constat de décès contenant
des "renseignements utiles pour la police médicale et des faits précieux à recueillir
pour l'hygiène publique et même pour l'étude de la science" furent remplis par ceux
que les Parisiens, impitoyables, avaient déjà baptisés "les médecins des morts".

Les hygiénistes n'auront de cesse d'obtenir la généralisation du procédé parisien
à toute la France et notamment aux petites localités: "puisqu'il s'agit ici d'une


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66Beaucoup d'auteurs la réfutent comme signe certain, il suffit du reste de se remémorer le mal
d'Antiochius ou la gangrène.
67BROUARDEL, "Les dépôts mortuaires", HPML,XXIV, (1890), p. 292.
68Article abrogé par le décret Nº 60-285 du 28 mars 1960, Rép. civ., vº, Actes de l'état civil,
158, Nouveau Rép. cod vº 70 s.
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