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Réservées aux militaires, ces nouvelles usines de réparation sanitaire furent placées
sous le patronage du Conseil général des Hospices et fonctionnèrent comme les
autres, dès le premier jour.
Ce Conseil trouvera pour l'expérience une formulation qui sera reprise dans les
revues médicales de tout le XIXème siècle à chaque fois qu'il s'agira d'architecture
pavillonnaire :
" Peut-être n'est-il pas hors de propos de remarquer : 1º que le premier emploi
de ces établissements destinés aux boucheries de la capitale, fut de servir d'asile et
d'hôpital aux hommes qui avaient à cette époque le plus de droits à l'affection et à la
reconnaissance publique ; 2º que l'usage fait de ces bâtiments pour le service des
malades a fait connaître leur distribution comme beaucoup plus propre à cette
nouvelle destination, qu'aucun des hôpitaux alors construits ; 3º enfin, que
l'expérience a sanctionné ainsi la justesse des vues de MM. Tenon et Bailly dans
leurs beaux rapports sur l'Hôtel-Dieu, et l'utilité de la division des hôpitaux en
pavillons séparés, dont la première idée est due à M. Leroy ; idée qui, désormais,
sera suivie pour la construction de tous les hôpitaux, dans lesquels on voudra
réunir les conditions désirables de salubrité et de commodité " 90.
L'arrivée de l'ennemi aux portes de Paris provoqua un surplus considérable de
bouleversements. Des militaires blessés ou malades, encore capables de se traîner,
s'enfuirent pour échapper à la menace de captivité, tandis que d'autres récupéraient,
pour se défendre, les 3 000 fusils que les magasins des hôpitaux leur avaient
conservés.
A ce défilé d'ombres de l'humanité, le spectacle du sang ajoute simultanément
les personnages odieux de l'assoiffé et du repu : "Une partie de la population
courait aux barrières comme à un spectacle, tandis que l'autre parcourait les
boulevards, où l'on voyait comme dans les temps les plus tranquilles, des femmes
élégamment parées, jouir du plaisir de la promenade, pendant que, dans une
sanglante mêlée, à quelques pas de cette population insouciante, se décidaient les
destinées de la patrie" 91.
L'invasion une fois réalisée, les blessés russes et allemands délogèrent les
blessés français qu'on plaça comme on put dans les salles, les corridors et même
les églises des hôpitaux civils. Des 50 000 militaires français hospitalisés, 7 000
moururent, alors que sur les 22 000 étrangers, on compta 1 000 décès (14 contre
5 %).
Sur le champ de bataille, le ramassage des blessés dura six jours. Il fallut tout le
mois d'avril et un grand nombre d'ouvriers, souvent maltraités par les Cosaques,
pour se défaire des grandes semailles de cadavres d'hommes et de chevaux mêlés,
qui entouraient Paris d'une ceinture putride. Seul le rapport du Conseil général des
Hospices a parlé de cette crue indisciplinable de corps en souffrance et personne, à
l'époque, n'a même pris la peine d'aller compter les hommes que la grande bataille
du 30 mars 1814 avait transformés en chair morte.
Bien que ces bouleversements et l'affolement puissent apparemment justifier la
confusion qui entraîna l'utilisation des abattoirs comme hôpitaux de fortune, il
paraît beaucoup plus hardi sans doute, mais sûrement plus cohérent, d'envisager
cette occupation comme scientifiquement conduite. Le concept d'abattoir, qui ne
date que de 1806 92, est en effet l'aboutissement de recherches architecturales et
policières ayant pour but primordial de conjurer les méfaits des émanations

90 Ibid., p. 113.
91 Ibid. p. 114.
92 Cf. BLOCH et VON WARTUNG, Dictionnaire étymologique de la langue française, Paris,
PUF, 1975.
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