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que les Anglais lui avaient substitué le rotation system. Au bout de trois années,
les soldats étaient remplacés et rentraient en Europe.
Les contrées à fièvre palustre avaient depuis longtemps démontré l'effet usant
des miasmes auxquels personne, jamais, ne s'était acclimaté.
La construction du chemin de fer entre Bâle et Fribourg par exemple, avait
obligé à des terrassements dont la matière était prise dans les champs voisins. Les
trous ainsi créés se remplirent d'eau et, en été, se transformèrent en marais. Alors
apparurent les fièvres intermittentes qui doublèrent la mortalité (de 1846 à 1854) et
augmentèrent considérablement les dépenses de santé.
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Les Arabes succombaient aussi dans les terribles travaux de terrassement où le
poison miasmatique était remué et sortait d'un sol béant sur l'enfer 66.
En 1847, la question de la colonisation agricole de l'Algérie, débattue devant les
chambres, fit étaler au grand jour les échecs de l'acclimatement. Mais les
mensonges politiques allèrent bon train et le gouvernement prétendit, pour appuyer
son projet, que la mortalité militaire en Algérie était redevenue, du fait de
l'acclimatement, ce qu'elle était en France.
Boudin, qui connaissait bien le pays, s'indigna fort d'un article du Journal des
Débats (9/6/1847), qui affichait cet optimisme politique : "Lorsque le journal semi-
officiel du gouvernement tient un pareil langage, lorsque les délégués du pays eux-
mêmes se font un système de cacher à la France les faits de la plus haute gravité,
comment le pays ne finirait-il pas par se persuader qu'il possède dans l'Algérie une
colonie modèle ? " 67.
Mais les adversaires de la théorie de l'acclimatement n'étaient pas contre le
principe de la colonisation. Ils voulaient simplement en changer la nature et les lois
pour la rendre moins meurtrière et par là, plus utile. Dans l'immédiat, les
hygiénistes préconisèrent trois correctifs à l'art de coloniser : choisir des altitudes


65 Dr. BAUMANN, Communication à l'Institut 10/5/1847, cité par BOUDIN, ibid., p. 350.
66 L'occupation de Madagascar, qui fut d'abord partagée avec les Anglais et pratiquée par
GALLIENI en tache d'huile, devint véritablement coloniale en 1896-7. Alors, apparut dans les
revues hygiénistes, la description de l'enfer miasmatique total. A la fête de Mamodika, les parents
des morts entraient dans les tombeaux, retournaient les cadavres et les changeaient de linceuls.
Cette cérémonie fut interdite en 1897 pour empêcher la propagation de la variole. Mais en fait, le
vieux mythe de l'émanation putride, encore dans tous les esprits non pastorisés, était responsable
de cette mesure ethnologiquement maladroite.
67 BOUDIN, ibid., p. 356.
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