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Mexique, dans le delta du Mississipi et les Antilles, pour n'en sortir que très
exceptionnellement. Cette théorie n'empêchait pas la croyance en la contagion dont
elle limitait simplement l'espace. En fait, on admettait que la production de miasmes
variait selon les latitudes et par exemple, le "poison" palustre changeait de
dénomination suivant qu'il naissait dans les deltas du Nil (peste), du Gange
(choléra), ou du Mississipi (fièvre jaune). L'élévation du sol était également prise
en compte et l'on voyait nettement diminuer les états morbides quand l'altitude
augmentait. L'exemple produit pour illustrer le plus fréquemment cette loi était le
crétinisme et le goître des Alpes qu'on n'observait seulement dans les vallées.

La nature même du sol faisait varier la pathologie et les fièvres intermittentes ne
sévissaient qu'en terrain argileux, là où la stagnation des eaux était rendue possible.
C'était en fait l'influence de l'eau à travers la forme que lui permettait le sol, qui
était prise en compte.

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Quant aux décalages possibles entre ces assises pathologiqueset la
manifestation du trouble chez l'homme en déplacement, on l'expliquait par une
période de latencequi variait suivant beaucoup de circonstances et surtout en
fonction de l'affection morbide.

De toutes ces lois biologiques, se dégagèrent deux autres que Boudin défendit
avec ardeur vers la moitié du XIXème siècle : la loi d'affinité et de coïncidence
géographique
qu'expliquait le règne concomittant de deux maladies (alternatives ou
simultanées) ; la loid'antagonisme géographique qui fit couler beaucoup d'encre
et rendait incompatible (plus ou moins) l'existence de certaines maladies en
présence d'endémies exclusives.

Suivaient la loi de coïncidence : goître avec crétinisme ; typhus avec gangrène
d'hôpital ; fièvre jaune, peste et choléra avec les fièvres intermittentes ; phtisie avec
fièvre typhoïde. Phtisie et fièvre typhoïde étaient incompatibles avec la fièvre
palustre, d'où l'invention d'une troisième loi dite d'immunité.

Avec l'application de ces lois, on supportait un grand nombre d'exceptions,
mais de la façon dont on admettait la différence d'efficacité dans une thérapeutique.
Cette élaboration normative servait en fait à soigner la complexité et permettait
d'esquisser une action curative harmonisée, à défaut de prophylaxie efficace.


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59CLELLAND, Geologie of Kemaon, Calcutta, 1835, cité par BOUDIN, op. cit., p. 302.

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