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L'Académie de médecine considérait ces lois comme admissibles 60mais, par
ailleurs, les opposants étaient nombreux. Cependant, n'ayant rien à offrir en
remplacement de ce qu'ils réfutaient, à part une méthodologie plus soucieuse de
scientificité que d'utilité, leur audience restait scientifique. La croyance que là où
sévissait le poison palustre on ne mourait pas de tuberculose, n'avait d'ailleurs pas
attendu l'observation scientifique. Elle n'avait fait que consacrer un très vieux
mythe disant qu'une maladie chasse l'autre, exactement comme certaines plantes ou
certains animaux excluent la présence d'autres espèces de leurs règnes respectifs.
Mais la douloureuse question adjointe à cette problématique d'un ordre
pathologique, était celle de la possibilité, pour l'homme, de survivre à un
changement de milieu définitif.


Les lois de l'acclimatement


L'acclimatement se définissait par "la mise en harmonie de l'organisation
humaine avec les influences d'un climat et d'une localité, afin que l'homme puisse
y vivre, s'y bien porter, et y jouir du complet exercice de toutes ses facultés"
61.
Les recettes données pour arriver à ce bienheureux état étaient nombreuses et
certains essayaient d'en faire jaillir des lois. Cependant, vers le milieu du siècle, les
chiffres impressionnants de la mortalité des armées dans les colonies empêchaient
de "conserver la moindre foi dans l'hypothèse insoutenable d'un prétendu
acclimatement"
62. La mortalité de la population musulmane elle-même qu'on ne
pouvait battre sur le terrain de l'acclimatement, présentait une mortalité équivalente
à celle des pires villes industrielles de France et d'Angleterre. Et puis, nous dit
Boudin : "Il n'était venu jusqu'ici à l'esprit de personne de supposer que dans les
localités fiévreuses de la France, telles que la Bresse et et les environs de
Rochefort, l'état sanitaire des troupes ou des habitants civils pût éprouver une
amélioration sous l'empire de la prolongation du séjour. Eh bien ! ce que l'on
considère d'un commun accord comme inadmissible en France et en Europe,
beaucoup d'esprits sont portés à le croire possible en Afrique"
63.

L'idée que l'homme transplanté pouvait, avec le temps s'indigéniser, se
créoliserétait ancienne et fondée sur la croyance que, peu à peu, il pouvait perdre
quelque chose de lui-même, qui était alors remplacé par son équivalent indigène.
On voyait d'ailleurs là une sorte de perte pour la race et la patrie d'origine, qui était
de l'ordre de la dégradation plus que de l'adaptation. La "teinture", en même temps
que la valeur, devenait indigène.

Passant par des suppositions de perversion des fluides et notamment du sang,
la théorie de l'acclimatement fut facilement moquée : "Plusieurs auteurs se sont
donné une peine incroyable pour définir l'acclimatement et même pour en expliquer
l'essence. J'avoue sincèrement mon ignorance sur les mystères des transformations
opérées par l'acclimatation"
64.

Les résultats déplorables de l'application de cette théorie, et en particulier le
long séjour des troupes dans les pays chauds, donnaient de si mauvais résultats,


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60RAYER, B.A.M., Paris, VIII, (1843), p. 931 et passim.
61Dr. AUBERT-ROCHE (ex-médecin au service d'Egypte), "Essai sur l'acclimatement des
Européens dans les pays chauds", HPML, XXXI, (1844), p. 13.
62BOUDIN, "Mortalité et acclimatement en Algérie", HPML, XXXVII, (1847), p. 381.
63Id.
64BOUDIN, "La colonisation française en Algérie",id.,p. 347.

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