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Avec la théorie microbienne on comprit qu'une des causes principales qui faisait
du militaire un danger biologique pour le civil était sans doute la mobilité des
troupes. La succession des divisions dans les casernements ou dans les ports, en
attente d'embarquement, et les va et vient de permissionnaires furent désormais
suspectés. Révélant les plaies de la vie de caserne, les sorties tournaient parfois à la
désertion : "Ces permissions nuisent encore indirectement en incitant les militaires à
dissimuler, dans la crainte d'en perdre le bénéfice, les malaises qu'ils éprouvent.
Souvent, alors, ils arrivent malades chez leurs parents, qui ne manquent pas de
crier à l'incurie. Et ce sont des prolongations de congé succédant à des
prolongations : c'est ainsi qu'on voit défiler chaque jour, dans les places
importantes, l'interminable théorie des quémandeurs de congés qui ne peuvent se
décider à rejoindre" 48.
Pauvres médecins militaires, bien injustement maltraités en ce début du XXème
siècle ! Pourtant, la mortalité générale de l'armée française, du moins, ce qu'on en
laissait paraître, s'était beaucoup améliorée. En 1899, de Freycinet, ministre de la
Guerre, avait même déclaré, triomphant devant la chambre des députés, que "les
prescriptions militaires sont données avec tant de soins et appliquées d'une manière
si générale dans l'armée, que depuis une vingtaine d'années, l'amélioration de la
santé des hommes et la diminution de la mortalité ont été constamment en
s'accentuant", que "la mortalité générale a diminué depuis vingt ans de deux tiers"
et qu'enfin, "il n'y a pas une armée en Europe où la mortalité soit plus faible que
dans la nôtre" 49.
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Bien qu'exagérée, l'analyse était fondamentalement vraie.
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Mais la considérable différence de mortalité militaire entre la France et
l'Allemagne, rapportée en 1902 devant le Sénat, servit de détonateur à une
indignation générale qui aboutit aux grandes enquêtes déjà signalées sur le
casernement.


48 Dr. H. LABIT, "Etudes étiologiques sur les maladies du soldat", Archives de médecine et de
pharmacie militaire, fév. 1912.
49 J.O. du 28/1/1899, p. 194.
50 Dr. LOWENTHAL, "L'état sanitaire des armées françaises en 1900", S.M.P., 24/12/1902 in
RHPS, 1903, p. 71.
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