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efficacité économique, politique et... militaire. L'idée de Vauban, l'homme en
question, était d'ailleurs d'établir une sorte d'administration qui collecterait en
permanence ces renseignements. Les capitaines de paroisse auraient dû, selon lui,
transmettre leurs registres aux intendants et aux présidents de l'élection et la récolte
se serait propagée ainsi jusqu'au pouvoir central. Une telle idée ne pouvait jaillir
que d'un cerveau de fortificateur. L'autorité des chiffres pouvait servir aussi bien à
l'élection qu'à l'impôt de sang ou d'argent. Elle était un rempart contre l'erreur
stratégique suprême : l'erreur politique.
L'influence des militaires sur le progrès de la statistique démographique n'allait
d'ailleurs pas s'arrêter à Vauban. Au XIXème siècle, une problématique allait
s'intensifier : que gagnait-on à coloniser des peuples ? Il semblait bien qu'on y
perdait trop d'hommes, il fallait les compter.
Un premier pas avait déjà été franchi par l'Angleterre qui avait inauguré les
statistiques en matière hygiénique et médicale sur les conditions sanitaires de
l'armée. A la fin de la guerre d'Espagne, en 1814, un bureau statistique fut installé
au Ministère de la guerre et rassembla toutes les données qu'il put sur la question.
En 1837, parut un travail considérable, le premier de cette nature, sur les
statistiques médicales de l'armée de 1814 à 1837. Marshall et Balfour, les
rédacteurs, portèrent à l'attention de leur gouvernement ce que l'autorité des
chiffres avait enfin établi de façon certaine : la maladie était le pire ennemi du soldat,
même en temps de paix.
La France, qui avait, comme tous les pays européens, l'Angleterre pour modèle
hygiénique, essaya dès 1831, sous la plume de Benoiston, d'établir la mortalité
militaire par phtisie 12, mais l'insuffisance des documents disponibles empêchait
tout résultat appréciable.
En 1861 seulement, une publication annuelle permit aux membres du Conseil
de santé de l'armée de travailler sur des données valables. Jusqu'à cette date et
depuis Boudin, on avait, faute de documents pour la France, raisonné sur des
statistiques étrangères et tout spécialement celles de Clarke en Angleterre 13 et de
Lombard de Genève 14 en ce qui concernait le problème lancinant de la phtisie. En
1859, Tholozan procédait encore de cette façon 15 et en 1860, Laveran réalisa la
dernière étude de ce type 16, fort critiqué par Bertillon qui rassembla dans une étude
toutes les causes d'erreur que cette transposition forcée entraînait 17.
Le tableau suivant montre pour la phtisie, la supérieure mortalité des militaires
par rapport aux civils et l'origine des documents ayant servi aux calculs 18;


12 BENOISTON de CHATEAUNEUF, "Essai sur la mortalité de l'armée française", HPML, X,
(1831).
13 J. CLARKE, Traité de la consomption pulmonaire, traduit de l'anglais par H.D.M., Bruxelles,
1836.
14 LOMBARD, "De l'influence des professions sur la phtisie pulmonaire", HPML, XI, (1834),
p. 5.
15 THOLOZAN, "De l'excès de mortalité dû à la profession militaire", Gazette médicale de
Paris, (1859).
16 LAVERAN, "Recherches sur les causes de la mortalité de l'armée française servant à
l'intérieur", HPML, XIII, (1860).
17 BERTILLON, "Recherches et conclusions statistiques sur la mortalité comparée par phtisie
pulmonaire dans le canton de Genève, en Angleterre, en Belgique et dans quelques villes de France
et sur la mortalité phtisique des armées de terre et des marins", HPML, XVIII, (1862), p. 102.
18 Dr. A. MARVAUD (médecin major de 1ère classe, lauréat de l'Académie de médecine), "Etude
étiologique, statistique et critique sur la phtisie dans l'armée", HPML, III, (1880), p. 142.
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