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mortalité durant la guerre de Crimée, cette moindre mortalité totale et surtout cette
moindre mortalité par maladies durant la guerre d'Italie suffisent pour montrer
combien il importe que les guerres, actuellement si meurtrières, soient de courte
durée" 27 nous dit Lagneau.
La nature fondamentale de la guerre, c'est de faire des morts par les armes. Les
armes ayant un plus haut rendement il eût fallu moins travailler. Le problème était
commun à l'industrie et à la guerre.
Pour la guerre de 1870-71, l'ensemble des pertes n'a pas été calculé. On ne
savait même pas combien il y avait eu de combattants. Evalués approximativement
en additionnant les effectifs précédemment incorporés et appelés comme réservistes
(sans savoir qui répondait à ces appels) à 1 400 000 hommes, on ignore combien
succombèrent car les morts étaient enterrés là où ils mouraient, sans actes de décès.
En fait, on arrivait à se rendre compte des dégâts en comparant les recensements de
1886 et de 1872 et en faisant des suppositions d'accroissement. Le nombre ainsi
obtenu (1 300 000) était gigantesque et fit considérer cette guerre comme l'épisode
le plus meurtrier de l'histoire. On en parla jusqu'à la guerre de 1914 comme de
l'année terrible.
La logique républicaine et l'élargissement de la conscription ont essayé
d'obtenir du pouvoir la recherche et la communication exhaustive de la statistique
médicale des armées : "Sous un gouvernement parlementaire, comme celui qui nous
régit, non seulement les gouvernants, ministres, sénateurs, députés, conseillers,
mais aussi tous autres habitants, doivent connaître ce que coûte d'existences
humaines chaque campagne, chaque expédition. La généralisation du service
militaire à tous les hommes valides fait porter sur tous le lourd poids de la guerre. Il
est juste que tous sachent combien elle fait de victimes" 28.
Il fallut attendre les guerres mondiales pour obtenir des informations dignes de
foi sur le sujet. Or, les hygiénistes en avaient besoin pour préparer la défense
sanitaire.
L'expérience désastreuse des expéditions coloniales à cet égard (on n'osait
même pas en publier les résultats) faisait craindre le pire pour le conflit que la
revanche préparait. L'histoire avait déjà démontré le rôle primordial des hygiénistes
en matière militaire et la guerre comme le charnier, la pourriture et la mort, était du
ressort de la science du vivant. L'étude de la démographie que Boudin présentait
très logiquement comme de la physiologie sociale, devait être à l'hygiène ce que la
physiologie humaine était à la médecine. Ce qui concernait la vie de l'homme
pouvait-il d'ailleurs, légitimement échapper au médecin ? "A quelle science, si ce
n'est à la médecine, rapportera-t-on l'étude des lois des naissances simples ou
multiples, des mariages entre consanguins, de la fécondité des mariages, de la vie
moyenne, de la vie probable, de la mortalité de la population et des causes
pathologiques ou accidentelles de cette mortalité ? A quel titre se permettra-t-on
d'aborder les hautes questions de l'hygiène publique, par exemple, celle de
l'acclimatement d'une population ou d'une armée, si l'on ignore les chiffres
nécrologiques et les causes de la mortalité ? Cette étiologie des décès d'une
population peut-elle être seulement abordée, appréciée, ou sérieusement discutée
par des fonctionnaires non médecins, quelles que soient d'ailleurs leur érudition et
leur intelligence ? De quel droit proclamera-t-on la salubrité d'un pays si l'on ignore
le chiffre normal et les causes des pertes de sa population ?" 29


27 LAGNEAU, op. cit., p. 87.
28 Id., p. 93.
29 BOUDIN, "Du mouvement de la population en France et dans les colonies françaises", HPML,
XXI, (1864), p. 284.
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