1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24

Pour savoir si quelqu'un était hérédo-syphilitique, il fallait être sûr qu'il
n'avait pas contracté lui-même la syphilis autrement que par succession. Dans cette
éventualité, certains supposaient même qu'un hérédo-syphilitique réinfecté était
alors atteint d'une syphilis binaire qui, seule, pouvait donner à la seconde
génération des symptômes de syphilis en nature
108.

La tâche était lourde pour un syphilographe qui voulait établir quelques
statistiques pour appuyer ses théories : "Au total, il y a donc dans les enquêtes de ce
genre, sans compter le malade, trois personnes à examiner, à interroger, trois
examens de conscience à approfondir.
"S'il en est ainsi, vous préjugez déjà tous les écueils qu'il va falloir éviter,
toutes les réticences auxquelles on va se heurter, tous les mensonges et tous les
oublis avec lesquels il va falloir compter"
109.

Grâce à une obstination probablement héréditaire (son père était déjà une
sommité médicale dans ce domaine), Fournier étudia 116 ménages d'"hérédos".
Sur les 367 grossesses qu'ils ont présentées, les 192 enfants survivants ne
comprenaient que 31 indemnes supposés.

Les 161 autres sujets portaient les différents signes de la syphilis héréditaire
(28 d'entre eux étaient atteints de syphilis virulente).


TABLEAU DES STIGMATES OBSERVES LE PLUS FREQUEMMENT
CHEZ LES SYPHILITIQUES HEREDITAIRES DE SECONDE GENERATION

Méningites et convulsions
Dystrophies dentaires
Stigmates ophthalmoscopiques
Rachitisme
Crâne asymétrique
Kératite
Adénopathies
Grosse tête
Corysa

Aspect vieillot

Bosses craniennes
Courbures des os longs
Erosions dentaires
Retard dans la dentition

26
20
21
18
16
14
12
10
10

10

10
9
8
8

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Réduction de taille8
Exostoses8
Nervosisme8
Dents d'Hutchinson8
Retard dans la marche7
Trido-choroïdite7
Etat infantile6
Etat chétif, rabougri6
Défaut de développement6
intellectuel
Ecoulement chronique de7
l'oreille
Surdité6
Microcéphalie5
Céphalées5
Etat débile8

110

La banalité des affections qui devaient trahir la sombre hérédité, la camouflait
ou établissait la banalité du mal héréditaire lui-même. L'auteur reconnaissait
d'ailleurs que les "dystrophies que réalise l'hérédité syphilitique ont leurs pendants,
leurs analogues dans celles que réalisent d'autres hérédités infectieuses ou toxiques
(tuberculose, alcoolisme, saturnisme, impaludisme, tabagisme, intoxications
diverses), sans oublier la consanguinité"
111.

L'"hérédo" de seconde génération se confondait, de plus, avec celui de
première génération. Cependant, de toute cette somme de misères, trois signes
pathognomoniques de l'hérédité syphilitique se dégageaient : le crâne natiforme, la
dent d'Hutchinson, la dent en tournevis et les lésions de la première grosse molaire.
A défaut, le savoir clinique faisait reconnaître au spécialiste la marque spécifique de
la syphilis dans les dystrophies d'apparence banale.


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108Le grand théoricien en la matière était le professeur russe TARNOWSKI.
109FOURNIER, op. cit., p. 20.
110Id., p. 63.
111Ibid., p. 68.

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