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comme causes prédisposantes les principaux éléments de la prédisposition à la
tuberculose, notamment l'alcoolisme et les tares névropathiques, héréditaires ou
acquises. Certains facteurs, tels que l'âge, la continence forcée, l'action mécanique
du repos allongé stimulent son apparition. Elle semble, enfin, se manifester sous
l'influence des conditions particulières dans lesquelles on a coutume de pratiquer,
actuellement, la cure de repos" 90.
Ainsi pensée, la maladie efface le corps et l'individu au profit d'une micro-
société parasitaire qui transforme en sur-humanité, la sous-humanité originelle. Ce
retournement explique la mode "petit crevé". Elle n'a été rendue possible que grâce
à la présence de tuberculeux dans les classes aisées. La nécessité sociale d'assumer
une dégradation physique que l'arbitraire du destin pouvait distribuer sans se
soucier des privilèges, n'avait pas fait que montrer l'effacement du corps au profit
de fonctions humaines surmultipliées, elle avait détaché la maladie du malade.
Transformée ostensiblement en apparence, la symptomatique tuberculeuse ne
pouvait plus servir pour classer objectivement les humains, mais paradoxalement,
elle permettait un reclassement esthétique, reconnu et honoré. Ce détournement
sémiologique compliqua considérablement les conduites sociales prophylactiques et
obligea la science du rejet à des records d'habileté policière.
La recevabilité sociale

La dimension sanitaire des acteurs sociaux est utile et quelquefois
indispensable à la gestion prévisionnelle des conduites et pouvoir dire de quelqu'un
qu'il est normal, conditionne les relations sociales de tous ordres, y compris les
transactions juridiques.
Cependant, la détermination de ces limites est souvent malaisée pour le
profane et l'anecdote suivante illustre l'importance du médecin sur les petits champs
de bataille de la vie :
"- Maître, disait un jour à Esquirol un de ses disciples, indiquez-moi un critérium
sûr pour distinguer la limite qui sépare la raison de la folie.
"Le lendemain, le maître réunissait à la même table son disciple et deux
personnages : l'un, correct jusqu'à la perfection dans sa tenue et son langage,
l'autre exubérant, plein de lui-même et de son avenir.
"En prenant congé, le disciple rappela au maître le critérium qu'il lui avait
demandé la veille.
"- Prononcez vous-même, lui dit Esquirol ; vous venez de dîner avec un fou et un
sage.
"- Oh ! Le problème n'est pas difficile : le sage, c'est cet homme si distingué, si
accompli ; quant à l'autre, quel étourdi ! Quel casse-tête ! Il est vraiment à enfermer.
"- Eh bien ! lui dit Esquirol, vous êtes dans l'erreur : celui que vous prenez pour un
sage se croit Dieu le Père ; il met dans son attitude la réserve et la dignité qui
conviennent à son rôle : c'est un pensionnaire de Charenton. Quant au jeune
homme que vous prenez pour un fou, vous pouvez saluer en lui l'une des gloires
de la littérature française : c'est M. Honoré de Balzac" 91.
La circulation de cette parabole dans la littérature médicale du début de notre
siècle n'est pas innocente. A cette époque, la peur que suscitent les maladies

90 Dr. A. PEGURIER (de Nice), répondant au "référendum", C.M., (1902), p. 713.
91 A. CABANES, C.M., (1902), p. 762.
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