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cadrait fort bien avec le microcosme militaire, mais exigeait un isolement humain
tout à fait irréalisable dans un rassemblement d'hommes où la question d'argent se
posait déjà pour l'alimentation avec une insistante parcimonie.

  1. Faire quelque chose avec rien


A chaque changement dans les croyances biologiques, les exigences
qu'imposent de nouvelles conduites se doublent de dépenses financières qu'il faut
faire accepter bon gré mal gré à ceux qui les assument.


Le coût du progrès


Les stratégies d'évitement du microbe pathogène demandaient un gros
investissement matériel. Les hygiénistes militaires, qui avaient eu du mal à imposer
leurs idées en matière d'architecture anti-miasmatique, allaient cependant trouver, à
la fin du siècle, une attention très amplifiée. Chacun se souciait désormais de la
santé du soldat et la morbidité des casernes était telle, que l'on redoutait, pour les
malingres et les faibles de constitution qu'était censée produire la dégénérescence,
un séjour où les garanties essentielles de la salubrité ne seraient pas données. Très
améliorée, l'alimentation provoquait encore des inquiétudes et les
empoisonnements, souvent bactériologiques, étaient monnaie courante dans les
casernes. Or, veiller à la qualité de l'alimentation coûtait cher et bien d'autres
choses encore allaient se joindre à cette antique revendication des hygiénistes : la
lutte pour les étuves, l'installation de lieux d'aisances convenables, l'eau courante,
la jonction à l'égoût, associée à une désinfection préalable des matières quand la
présence de bacilles menaçait, des filtres Chamberland pour l'eau, le blanchissage
du linge fréquemment renouvelé, etc.

Confiants dans la force impérative de leurs demandes, les médecins militaires
rétablissaient l'ordre moral des différentes sortes de capitaux :
"Que l'on n'objecte pas la question de dépense ; une nation, dont tous les enfants
doivent être des soldats, saura, quand elle en aura vu la nécessité, s'imposer les
sacrifices nécessaires. Elle n'hésitera pas, quand il le faudra, à sauver le "capital-
homme", en diminuant le "capital-million", bien certaine que le second est
subordonné au premier, tant dans sa croissance, que dans sa conservation. Il
appartient aux médecins d'éclairer les masses à ce sujet, de convaincre aussi les
ingénieurs et les architectes ; pour cela, sachons, d'abord, démêler le vrai dans les
causes et que chacun apporte sa part contributive aux recherches qui, toutes, même
les plus modestes, contiennent quelque parcelle de vérité"
115.

La question budgétaire part de là : la crédibilité des théories. A une
problématique donnée, répondent différentes options résolutives qui doivent
pouvoir se découper en tranches hiérarchisées par l'urgence. Or avec le microbe, le
danger est partout. Paradoxalement, cette ubiquité est parfois la cause d'économies,
ainsi les "vieilles contaminatrices" n'exigeaient plus d'être démolies. Soyons
certains que ceci a joué un rôle moteur dans l'enquête précédemment décrite sur la
salubrité comparée des différents types de casernement, car la majeure partie de
l'armée était encore logée dans de vieilles casernes et en reconstuire d'autres sur le

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115PETGES, id., p. 39.

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