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Une émanation de la vertu

"La terreur n'est autre chose que la justice prompte,
sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la
vertu..."
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Dans le microcosme militaire, les fonctions sont affichées par l'uniforme, car
l'identification est une question stratégique vitale. Aussi, la première angoisse pour
l'avenir pacifique de l'hygiène était-elle très simple : "A quels signes reconnaîtra-t-
on l'hygiéniste" ?
133L'hygiéniste militaire, indifférent aux pressions politiques et
locales, pouvait faire le bien sans se soucier de plaire. Il fallait envisager un travail
pédagogique important pour faire comprendre aux civils que l'hygiéniste n'était pas
un ennemi. L'exemple de pays nordiques et même l'Allemagne, pourquoi pas,
prouvait quel changement de mentalité il faudrait réaliser pour obtenir une adhésion
et la réussite de l'hygiène sans la force militaire. Les pays où le protestantisme était
dominant se montraient nettement supérieurs sur ce chapitre. Il n'était que de
comparer les Irlandais avec les Anglais, pionniers en la matière. Qu'en déduire ? De
l'hygiène religieuse, fallait-il tirer des modèles ? "Une certaine mentalité, un certain
moral, un certain caractère, ont conduit mieux et plus sûrement au but que l'absence
de ce même caractère"
134. Ce qu'il fallait en fait, c'était une discipline d'où qu'elle
vienne, pourvu qu'elle oblige au respect d'autrui et à la démocratie, principes
nourriciers de l'hygiène. Or, cette discipline était compatible avec certaines vertus
républicaines : égalité et fraternité. Mais comme toujours la troisième, la liberté,
menaçait de souffrir de cette nouvelle émanation de la vertu que certains pouvoirs
n'allaient pas manquer, dans un avenir très proche, de transformer en terreur.

La guerre n'avait pas seulement fait progresser l'hygiène, elle avait clarifié la
manière dont elle pouvait être institutionnalisée.

En 1920, c'est la consécration, un ministère de l'Hygiène, de l'Assistance et de
la Prévoyance Sociales voit le jour
135. Mais ne nous y trompons pas, un tel
aboutissement, n'est pas l'arrivée d'une science, c'est la concrétisation d'une
croyance en cette science et donc, d'une sorte de crédit moral et matériel qu'on lui
accorde... pour démonstration.


Faite de la résonance ultime des corps harmonisés, la patrie prit forme dans la
force rassemblée pour défendre, par la guerre, son espace menacé. Mais ce corps,
métaphysiquement imaginé, connaît une forme beaucoup plus constante
d'apparition, matérialisée à travers des maladies qui lui sont, comme à celles du
corps militaire, spécifiques. Or, l'état général de la race française était jugé très
mauvais avant la première guerre mondiale et le corps militaire qui était à la fois le
témoin de cette santé et l'acteur de la bataille, avait vaincu. Quelque chose d'obscur
s'était passé dans le discours de la normalité qu'il faut tenter d'analyser.


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132ROBESPIERRE, Discours au nom du Comité de Salut public, 18 pluviôse an II (7/2/1794).
133Dr. R. MARTIAL, id.,p. 191.
134Ibid., p. 194.
135Un comité d'hygiène mentale est institué du même coup dans ce ministère, dont on a sans
doute économisé au maximum l'intitulé. Ici aussi, l'héritage de la guerre est très net.

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