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  1. Le triomphe de l'hygiène

"Il faut qu'après la guerre rien ne soit perdu de
l'accroissement de forces que cette fièvre généreuse a fait
circuler dans le sang de la nation" 129
.

Fortement préparé par la démonstration russo-japonaise, le rôle de l'hygiène
dans la première guerre mondiale s'intensifia et se généralisa, provoquant une
réflexion déterminante sur sa véritable nature et ses affinités.


L'état de siège hygiénique


Avant-guerre, l'hygiène n'alimentait bien souvent qu'un discours empreint de
bonnes résulutions. La multiplicité des interventions et l'évolution structurelle des
institutions démontrèrent à l'envi l'efficacité d'une hygiène militaire puissante et
centralisée qui englobait même, en partie, l'hygiène civile. Un très petit nombre
d'hygiénistes avaient suffi pour réaliser une tâche lourde et compliquée. Mais ils
avaient réussi grâce à l'autorité qui leur avait été progressivement conférée : "Une
sorte d'état de siège hygiénique existait, qui supprimait une bonne partie des
discussions dilatoires, et permettait l'application immédiate des principes
d'hygiène"
130. Malgré certains errements, le Service de Santé militaire avait
maintenu le cap pendant ces quatre années terribles. Il avait suffi d'appliquer ce qui
avait été découvert en temps de paix en matière d'hygiène, d'architecture, de
géologie, de bactériologie, d'épidémiologie et de parasitologie. La prévention,
partout, avait été appliquée sans trop d'avarice. Et le résultat était là, éclatant : ni
typhus, ni choléra, ni peste. La fièvre typhoïde elle-même, la plus grande ennemie
du militaire, avait fini par être vaincue et si la grippe espagnole avait été si cruelle,
c'est parce qu'on n'avait pas respecté les mesures prophylactiques que l'hygiène
avait conseillées.

L'expérience était d'autant plus démonstrative, que l'on pouvait comparer les
résultats obtenus dans les armées et dans les populations civiles où le laxisme
régnait en maître. Même la variole, éradiquée de l'armée, les avait frappées et dans
le Midi, un préfet avait dû obliger la population à se faire revacciner par décret
(4/8/1814) contre la volonté du conseil municipal ! Ah, si le service de Santé civile
avait eu la même discipline que celui de l'armée ! ... Des hôpitaux sanitaires,
euphémismes pour parler de sanatoriums, devaient être créés dans chaque région
pour y recevoir les soldats tuberculeux. Mal conçus, provisoires, mal entretenus,
ils étaient l'image même de ce que réalisaient les civils en matière d'hygiène.

La guerre, en outre, avait démontré que la médecine collective était plus
importante que la médecine individualiste. "La prophylaxie l'emportant sur la
thérapeutique, en un mot, que, même en médecine, le flot de l'intérêt général
balayait le lit desséché de l'intérêt particulier"
131. Mais qu'allait apporter la paix ?
Tout ce progrès n'allait-il pas s'évaporer sans la saine discipline militaire ?


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129Anonyme, HPML, XXII, (1914), p. 352.
130Dr. R. MARTIAL, "De la guerre à la paix en hygiène", RHPS, XLI, (1919), p. 190.
131Id., p. 199.

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