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Mais, dès le début de la grande guerre, les nations s'accusèrent l'une l'autre de
trahir les conventions
97et l'on vit même à Berlin et Munich, des magasins montrer
en vitrine des balles dum-dum avec cette indication : "Extraites des blessures des
soldats allemands"
98.

En 1870 déjà, devant les grands délabrements dus à la vitesse des balles du
chassepot, les Allemands avaient accusé les Français d'employer des balles
explosibles. Dès le 20 septembre 1914, une lettre du Ministère de la guerre français
signalait l'annonce qu'avait faite l'Allemagne d'utiliser des balles Dum-Dum. La
seule consolation, pour les futures victimes, était que les armes perdaient en
qualités balistiques ce qu'elles gagnaient en puissance destructrice.

En 1915, la mort chimique fit son apparition et surprit les scientifiques qui
firent aussitôt des recherches pour identifier les gaz asphyxiants et étudier la
clinique, l'anatomo-pathologie et l'histochimie de ces massacres nouveaux.

Au début, les Allemands avaient envoyé ces vapeurs jaunes et verdâtres dans
les tranchées françaises avec des tuyaux espacés de 2 à 4 mètres. La plupart des
soldats mouraient en vomissant, crachant et urinant le sang. Ensuite, le poison fut
envoyé dans de petits obus qui inondèrent les tranchées et les villes françaises en
arrière du front de Flandres. Les victimes avaient cru y reconnaître l'odeur de
l'acétylène, du réséda, ou de la moutarde piquante et renseignaient tant bien que mal
les observateurs militaires qui retrouvaient avec cette enquête olfactive, un antique
procédé pour traquer la menace biologique.

Mise sur pied pour lutter contre cette mort sale, une formation sanitaire capable
de traiter 100 hommes à l'heure installa ses douches et sauva les gazés pris dans les
trois heures qui suivaient l'attaque chimique.


Les blessés fantômes


Face à ces morts qui rongent et dont on connaît aujourd'hui le sinistre avenir, la
mort ultra-propre inquiète et reçoit diverses explications théoriques que très peu
d'expériences encore n'éclairent. Comment une explosion pouvait-elle agir sur les
victimes sans qu'aucun fragment solide ne les touche ? Sans blessure apparente les
"blessés" de ce qu'on appelait depuis longtemps le "vent de boulet", puis en 1914,
"le souffle de l'explosion", ou "l'obusite", aboutissaient au service de médecine où
le diagnostic de leurs troubles était des plus malaisés. Les cas de catalepsie du
champ de bataille avaient toujours paru mystérieux : on retrouvait des cadavres
comme médusés, dans la position prise au moment où ils avaient été frappés. Mais
des observations scientifiques avaient montré, depuis quelques années, qu'il
s'agissait d'individus profondément atteints à la poitrine ou à la tête
99et ces cas
devaient être distingués, désormais, de ceux précédemment décrits, où aucune
lésion n'apparaissait. Cette mort, parfois, ne frappait qu'au bout de quelques
heures, ou même de plusieurs jours.


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97Les violations des lois de la guerre par l'Allemagne, publication faite par les soins du
ministère des Affaires étrangères, fasc. I, 1915.
98M. CHAVIGNY (médecin major 1ère classe, professeur agrégé au Val de Grâce), "Balles
renversées, balles dum-dum, balles explosibles", HPML, XXV, (1916), p. 258.
99LACASSAGNE et MARTIN, Archives d'anthropologie criminelle, tome XI, p. 278 ; tome
XII, p. 431, tome XIII, p. 536, tome XIV, p. 295, Matignon, Ibid., 1912, p. 444, cités par
CHAVIGNY, "Les explosions du champ de bataille - Leur rôle et leur mécanisme pathogène",
HPML, XXVI, (1916), p. 21.

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