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volonté d'arrêt. Elles sont également l'expression d'un état d'orgueil exalté par un
ensemble de suggestions systématiques. On peut les expliquer comme une sorte de
revanche instinctive de la soumission et de la domestication, poussées au-delà des
limites supportables.
"Dans tous les cas, elle est la démonstration formelle d'un état d'infériorité à la
fois physiologique et psychologique"
112.

Ainsi, le "Boche à couenne rose", stercoraire en diable, n'était-il qu'un animal
et pas n'importe lequel : un cochon ; l'animal-totem de l'anti-hygiénisme. Et
d'ailleurs, ces animaux, on le savait depuis longtemps, les Allemands les
nourrissaient en les enfermant dans leurs latrines
113. Alors, la boucle se bouclait.

Dès le début du XIXème siècle, Cadet de Gassicourt avait signalé leurs
profonds désordres alimentaires : "Les bavarois sont peu avancés dans l'art
gastronomique. Ils mangent avec plaisir des mets détestables, tels que du pain au
fenouil, de la soupe au safran, de la bière résineuse, et du houblon fricassé à la
mode des épinards"
114.

Les très nombreuses affaires de femmes devenues mères par la violence de
l'ennemi avaient déclenché un débat passionnant sur l'avortement et révélé des
débordements d'un genre hygiéniquement proche. Et pour couronner le tout, le
peuple allemand dans son entier fut regardé comme fou. Les "psychologues des
foules" se déchaînèrent pour prouver que la mégalomanie de certaines familles
allemandes s'était étendue au pays entier : "le mal qui peut ravager une famille peut
s'étendre à un groupe plus important, à tout un peuple, quand la contagion s'exerce
par des moyens puissants, comme la presse, l'enseignement, la littérature officielle.
Ce fut le cas de l'Allemagne, qui restera pour des aliénistes un exemple "colossal",
pour parler le jargon de ces délirants vaniteux, de contagion mentale"
115.

Dans la tendance logique du mégalomane, le sentiment de persécution domine :
"On encerclait l'Allemagne" était devenu le leitmotiv chez ces missionnaires qui
devaient "civiliser les autres peuples". La richesse artistique et intellectuelle du pays
n'était pas incompatible avec cette folie, car il suffisait que la fameuse discipline
allemande
(qui n'était en fait qu'un "défaut de penser et d'agir par soi-même")
fasse "accepter comme un idéal de race supérieure" les "actes de brutes"
116.


Or, quelle était la solution médicale pour soigner ce peuple en démence ?

Il fallait le "détruire pour assurer la santé morale de l'Europe" 117, lui "retirer

les moyens de nuire" et le mot fut lâché : l'isoler.

A l'appui de cette théorie, le sénateur Clémenceau posait la question cruciale :
"Si tous ces gens, qui puisent en eux-mêmes le droit supérieur de nous mettre à
merci, n'étaient que des malades délirant d'une hypertrophie de la personnalité ? Si
c'était tout simplement de ces fous, chez qui le délire développe une surexcitation
de forces redoutables au reste de l'humanité ? Je soumets la question à mon bon
ami le docteur Magnan, de Sainte Anne. Je suis sûr que sa science doit avoir un
nom pour un état d'esprit qui ne peut pas être normal, puisqu'il est en contradiction


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112Id., p. 316.
113BORDEU, Oeuvres complètes, Paris, 1818, p. 996. Signalé par le docteur MALJEAN,
C.M., 1915, p. 288.
114CADET de GASSINCOURT, Voyage en Autriche, Paris, 1806, cité in C.M., (1915), p.
117.
115Dr. TOULOUSE, "La démence germanique", C.M., (1914), p. 485.
116Id.
117Ibid.

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