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En 1914, la loi du 28 mars tendant à rendre obligatoire, dans l'armée, la
vaccination antityphoïdique, n'avait pas été appliquée pour les premiers mobilisés.
Les cas graves observés au début du conflit s'estompèrent quand la vaccination
s'étendit à toutes les unités de l'armée. Mais beaucoup de soldats y avaient échappé
avec des certificats médicaux de complaisance. Au début de 1915, l'armée était
cependant vaccinée dans son ensemble contre une fièvre qui avait historiquement
fait d'énormes dégâts pendant les conflits et en temps de paix. Cependant,
l'apparition d'une unité symptomatique dont la gravité allait en diminuant au cours
des années, baptisée "fièvre des armées en campagne" et d'origine bactérienne
multiple (Eberth, paratyphoïdes A, B, C ou X, colibacilles, diplocoques, etc.),
dévoila l'évolution de la maladie après les vaccinations. Des vaccins doubles ou
triples furent alors essayés avec succès, mais les méthodes et les résultats laissaient
les savants partagés et ces nouvelles vaccinations ne se répandirent pas.
Cette ardeur vaccinatoire se doublait du souci classique des armées pour
évacuer et traiter malades et blessés. La répartition du personnel médical était
préoccupante car la présence d'un homme initié au moment où, par exemple, un
garrot judicieusement placé pouvait sauver une vie, était indispensable. Véritable
infanterie du secours et de la désinfection, le service des brancardiers avait enrôlé
d'office les musiciens. Il fallait leur adjoindre un infirmier, car ils n'avaient aucune
pratique et la vue du sang les faisait parfois défaillir. La logistique des Postes de
secours avancés (P.S.A.) et des Postes de secours principaux (P.S.P.) impliquait
en elle-même une science : il fallait savoir les placer pour qu'en restant efficaces, ils
ne soient pas trop rapprochés et ne gênent pas les opérations militaires. Prévoir des
équipements et du matériel relevait bien souvent de la gageure, car les ravages faits
par les attaques étaient toujours soudains et très vite, le nombre de blessés obligeait
à multiplier les moyens primitivement envisagés.
Dès 1892, des "expériences de guerre" avec la formation d'un train sanitaire 90
avaient montré l'importance qu'on attachait à l'évacuation des malades et des
blessés. La guerre de 1870-71 avait laissé les Français dépourvus pour se servir au
mieux le réseau ferroviaire et beaucoup de soldats avaient souffert du froid dans les
wagons qui avaient été utilisés 91.
Avec le développement de l'automobile, les données du problème avaient
considérablement changé et deux ans avant la guerre, des essais furent menés pour
exploiter à fond un outil de déplacement qui pouvait aller partout. Des voitures
chirurgicales permirent désormais d'aller opérer sur place les blessés et un service
d'automobiles spécialement aménagées pour le transport ne cessait d'augmenter son
effectif. Les trains furent utilisés pour le ramassage intensif et le ravitaillement
quotidien en personnel et matériel. Si quelques tentatives pour utiliser les voies
d'eau pour l'évacuation prolongeait une assez vieille tradition, l'avion sanitaire, lui,
innovait totalement.
A tout ce modernisme matériel et institutionnel, largement emprunté au conflit
russo-japonais de 1905, il faut ajouter la tentative d'évangélisation hygiénique
qu'avaient subie les troupes. En 1916, le Sous-Secrétariat du Service de Santé
militaire publia un tract destiné aux soldats, intitulé : "Conseils au soldat pour sa
santé" et en sous-titre : "Pour la Patrie, le soldat doit être aussi ménager de sa santé
que généreux de son sang".
Semblable au catéchisme du soldat japonais, il en différait par une adaptation à
cette multiplicité de formes qui s'était produite : d'une guerre de mouvement, on
était arrivé à une guerre de siège toute nouvelle. Elle donnait aux allures habituelles

90 "Le train sanitaire", HPML, XXVII, (1892), p. 194.
91 Dr. L. PICQUE (ex-médecin de l'armée), "Du transport des blessés en wagons", S.M.P.
27/4/1881, RHPS, III, (1881), p. 385. Les Allemands, eux, avaient tout de suite rentabilisé ce
moyen de déplacement moderne.
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