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hommes suffisants, mais des hommes modèles, compensant, par l'accroissement
de leur valeur professionnelle, de leur valeur intellectuelle, de leur valeur morale, la
réduction physique dont ils sont atteints""
108.

Le placement des blessés dans les ateliers n'offrait aucune garantie quant à leur
formation et à leur rémunération ; aussi, les écoles spécialisées se développèrent-
elles dans toute la France, vivement encouragées par les pouvoirs publics.

En 1918, parut une Revue interalliée pour l'étude des questions intéressant
les mutilés de guerre
, qui traitait de tout ce qui touchait à ce "relèvement social et
moral". Une conférence interalliée eut lieu à Rome en 1919 pour résoudre au mieux
cette importante question économique et morale. Et dans cette gestion concertée de
la misère physique, le patriotisme faisait encore critiquer l'Allemagne, accusée
d'encaserner ses invalides pour les rééduquer.

  1. La territorialité de la raison


Dans les revues hygiéniques de la guerre et de l'après-guerre, tout se passe
comme si l'ennemi avait tort en toutes choses et ceci, depuis des siècles. Plus
curieux encore, les crimes les plus odieux dont on l'accuse sont étroitement liés au
paradigme hygiénique.


Les réseaux hygiéniques du patriotisme

""Mangeur de Français", Franzosenfresser, est chez eux
une sorte d'épithète homérique, une appellation
d'honneur et de gloire. Leurs patriotes l'arborent à leur
casque de reître ou à leur casquette d'étudiant, comme le
sauvage s'attache à l'épaule la chevelure scalpée de son
ennemi"109

Fondamentale, la question de l'odeur sui generisdes Allemands envahit une
certaine presse médicale française. Dans la Chronique médicale, dirigée par
l'historien-médecin Cabanès, c'est un déchaînement de courrier qui suit la
publication du moindre article sur ce sujet. Chaque lettre vient confirmer et
envenimer la situation. "La sale odeur des Boches est un fait indéniable, et que j'ai
été appelé souvent à constater. D'ailleurs, j'ai, en 1870, perçu pour la première fois
cette fétidité, car j'étais dans un pays envahi et où l'armée allemande était en densité
exagérée. Les pièces où ils avaient habité gardèrent longtemps leur odeur. Je
l'attribuais autant, dans mon idée, à ces causes extérieures (chaussures,
harnachement, cuir, effets, etc.), qu'aux individus eux-mêmes.
"Mon opinion s'est absolument modifiée, depuis un an, par expérience.
"Cette fétidité est, à mon sens, propre aux individus.


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108E. HERRIOT, préface du livre du Dr. CARLE, Les Ecoles professionnelles des blessés,
Paris, Baillière et fils, 1915.
109P. de SAINT-VICTOR à propos de la guerre de 1870-71, C.M., (1915), p. 131.

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