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La commotion, comme la fièvre typhoïde, n'était plus ce qu'elle était avant
1914. Et les auteurs discutaient ferme des différents syndromes que l'observation
extrayait de cette masse d'"éboulés" (Lortat-Jacob, l'ancêtre).

La mise en relation par certains savants des troubles psychiques transitoires des
"émotionnés" avec ceux qui existent dans les affections organiques du cerveau,
provoquées par des lésions circonscrites
104justifiait largement l'assimilation de
cette pathologie mentale avec les blessures visibles.

Ces dernières, parfois irrémédiables, obligeaient la science à reconstruire les
corps, mis en morceaux.


Les corps recyclés


Les prothèses orthopédiques sont sans doute aussi vieilles que les guerres. Le
plus ancien cas signalé l'est dans Hérodote. Un certain Hégésistrate, prisonnier des
Spartiates, s'amputa une partie du pied pour s'évader et plus tard, se fabriqua un
pied de bois, 500 ans avant notre ère. Au Moyen-Age, les chevaliers en panne de
bras ou de jambes venaient se faire bricoler des membres artificiels chez les
ferblantiers français qui étaient alors reconnus comme les plus compétents. Dans
cette tradition, au XVI
esiècle, Ambroise Paré avait fait constuire par un serrurier
très habile (le Petit Lorrain) un bras si perfectionné, qu'il permit au guerrier amputé
de retourner combattre avec lui. Le très célèbre gantelet artificiel du chevalier Götz
von Berlichingen, illustré par Goethe, fut également fabriqué par un serrurier, de
Nüremberg.

Le souci fondamental de cet art n'avait jamais été d'obtenir simplement des
membres de parade, mais toujours de réparer l'amoindrissement des mouvements
que les amputations imposaient. Aussi, les orthopédistes s'évertuaient-ils à
produire tant bien que mal, des mécanismes souvent complexes, qui rendaient aux
membres et particulièrement à la main, les mouvements les plus fondamentaux :
extension, flexion, opposition du pouce, pronation et supination.

Ces merveilles mécaniques étaient aussi célèbres, en leur temps, que les
automates qui partageaient d'ailleurs la même science. L'histoire est jalonnée par les
bras artificiels célèbres : celui de Van Peetersen (1844), la main de M. de Beaufort
(1861), le bras du ténor Roger construit par les grands maîtres en la matière :
Charrière, Mathieu et Bertrand (Second Empire).

Cependant, ces prothèses étaient extrêmement coûteuses et n'étaient réservées
qu'à une élite sociale. Dès 1870, carnage oblige, on essaya de démocratiser cette
technologie en lui retirant ce qui était de l'ordre du luxe : la parade et la
multifonctionnalité : "Ces bras artificiels automobiles ne peuvent acquérir qu'aux
dépens de leur solidité les mouvements multiples et délicats qui en font tout le prix.
Ils ne peuvent déployer qu'une force de préhension médiocre, tout à fait
insuffisante pour le travail de manoeuvriers".
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104Voir LWOFF, thèse de Paris 1890 ; LWOLFF et TARGOWLA, Société médico-
psychologique, in Annales médico-psychologiques, nº 3, (juillet 1916).
105BROCA, rapport fait à l'Académie de médecine en juin 1870, cité par le Dr. BOUREAU
(chirurgien militaire), "Bras de travail et mains de travail pour amputés", HPML, XXVI, (1916),
p. 89.

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