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désespérée. Comble de la propreté, ils étaient restés chastes pendant 14 mois !
C'était un fait unique dans l'histoire, car toujours les armées avaient été suivies par
des prostituées (souvent dissimulées sous d'autres fonctions). Or "les Japonais ont
fait la guerre sans une femme"
86pendant plus d'un an. Au bout de ce temps
héroïque, destiné à préserver le soldat du péril vénérien, le commandant fit ouvrir
des maisons publiques pour la troupe à Moukden. Soixante chinoises hygiéniques
servirent alors d'"égoût séminal" à 800 000 hommes.

Avant la guerre, des médecins et des officiers avaient initié les soldats à la
microbiologie et ils savaient ainsi pourquoi ils devaient éviter les prostituées et l'eau
non bouillie. Les puits étaient surveillés par des sentinelles pour que les Chinois ne
les souillent pas. Coréens et Chinois, réputés très sales également aux yeux des
Européens, avaient subi, lors de la précédente campagne de 1895, une tentative de
dressage hygiénique par les Japonais. Voulant remédier aux habitudes (partout
signalées et sûrement authentiques) qu'avaient les indigènes de faire leurs besoins
là où ils se trouvaient, les envahisseurs avaient installé des water-closets dans la
capitale coréenne. Punis par leurs "propres armes", les délinquants s'étaient fait de
plus en plus rares.

Soucieux du détail, les Japonais ne négligeaient rien et la guerre finie, l'armée
subit un isolement et une désinfection en règle, comme du matériel chirurgical après
une opération. La direction générale des services quarantenaires dépendait du
Ministère de la guerre et un général la dirigeait, entouré d'un comité d'ingénieurs et
de médecins. Les soldats furent désinfectés puis mis en observation dans des
baraquements en bois qui ressemblaient, avec de hautes cheminées, des câbles
électriques et des chariots circulant sur des rails, à "quelques cités industrielles
brusquement sorties de terre"
87. Des étuves de 3 m de long et hautes d'1 m 60
désinfectaient les effets apportés sur des chariots pendant que dans les chambres à
formaline, les objets étaient traités. Les armes elles-mêmes étaient désinfectées par
pulvérisations, tandis que les billets de banque spécialement émis pour la
Mandchourie étaient repris et échangés contre des billets n'ayant pas voyagé. Les
hygiénistes reconnaissaient que les Japonais avaient exagéré les mesures, puisqu'il
n'y avait pas eu d'épidémie en Mandchourie, mais ils avaient fait comme s'il y en
avait eu et avaient ainsi inventé les manoeuvres d'hygiène.

Cette guerre en bocal, exemplaire hygiéniquement, servit de référence aux
hygiénistes de la première guerre mondiale.

La première leçon qui en fut tirée était celle de l'importance donnée aux
médecins. Dès le 14 août 1914 un décret, pris en exécution de la loi du 15 février
1902 sur la protection de la santé publique, préconisait d'assurer par tous moyens
la préservation du pays contre les maladies contagieuses ou épidémiques. Le coût
de l'opération était mis à la charge du budget de l'Etat. Pour ce faire, le territoire fut
quadrillé en circonscriptions contrôlées par un système de médecins délégués qui
rendaient compte au Préfet. Destinée à faciliter la circulation de l'information sur les
agissements de l'ennemi invisible, l'institution permit à quelque deux mille
circonscriptions d'être l'objet de rapports optimistes et réconfortants.

Pour éviter la contagion, une liaison fut établie entre les Services de santé civils
et militaires. Les premiers relevaient du Ministère de l'Intérieur et les seconds de
celui de la Guerre. En collaboration étroite, ils élaborèrent des instructions pour


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"Sur le transmandchourien, aux gares importantes, on avait organisé des réservoirs identiques. Un
matin, je me trouvai en gare de Tatchikiao en même temps qu'un train militaire venant de Dalny.
Dès que le train eut stoppé, les hommes coururent au réservoir et, tirant de leur poche leur brosse à
dents, commencèrent leur toilette.", id., p. 1047.
86Ibid.,p. 1058.
87Ibid., p. 664.

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