1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21

absolue avec l'ordre de vie dans lequel les nations ont pu jusqu'à ce jour susbister,
se développer"
118.

Paul Bourget, de l'Académie française et qui faisait alors autorité dans le monde
médical, surajoutait à l'analyse en rendant l'intelligence et la culture (qui gênaient
beaucoup pour présenter les Allemands comme des animaux) responsables du
désordre mental : "Dans la mesure où les comparaisons sont permises entre les
organismes individuels et ces autres organismes d'une complexité toute spéciale
que sont les nations, cet état de désordre mental semble celui de l'Allemagne
actuelle. Le travail accompli sur elle par les doctrines de ses grands philosophes au
siècle dernier, l'a laissée moins capable de résister au vertige"
119.

Les médecins allemands eux-mêmes présentaient tous les signes de la folie
barbare. Ils expérimentaient sur des enfants, torturaient les blessés ennemis et
laissaient mourir les leurs : "Les majors allemands ont pris la décision de ne plus
soigner les blessés dont la fièvre dépasse un certain degré et de laisser mourir tous
ceux qui ne sont pas susceptibles de reprendre promptement leur service"
120.

Accusés d'utiliser industriellement les cadavres, sans doute étaient-ils aussi
cannibales ! Le complet catalogue du franchissement des limites de la civilisation
était exploité par les patriotes et malheureusement, les détenteurs professionnels de
la raison objective ne donnaient pas un spectacle beaucoup plus digne.


L'objectivité en deuil

"Notre science, qui pouvait s'enorgueillir d'un Pasteur
et d'un Claude Bernard, a paru un instant s'anéantir
devant l'épaisse science allemande" 121

Le 7 mars 1871, déjà, Béhier montait à la tribune de l'Académie de médecine
pour demander à la science française un grand nettoyage symbolique : "Je viens
proposer à l'Académie de rayer de la liste de ses membres, associés ou
correspondants étrangers, les noms de tous ceux qui appartiennent aux Etats faisant
partie de la confédération de l'Allemagne du Nord, à ces Etats qui viennent de faire
à la France une guerre plus digne de sauvages et de barbares que de peuples
civilisés (...). Les savants de l'Allemagne ont pris part eux-mêmes aux basses et
lâches insultes adressées par les Allemands à la nation française ; nous devons donc
les confondre dans les mêmes sentiments de haine, que tout Français doit nourrir à
jamais au fond du coeur contre les peuples de l'Allemagne qui ont participé à cette
abominable guerre"
122.

Soutenu par Bouley, Barth, Verneuil, Gaultier de Claubry, M. Lévy, etc., il
entraîna toute l'Académie ("un être collectif") dans une résolution qui l'engageait
aussi pour l'avenir : renvoyer tous les titres scientifiques conférés par l'Allemagne
et démissionner de toutes les sociétés savantes allemandes. Adoptée à l'unanimité le
14 mars, la proposition de Béhier eut son pendant en 1914. Mais au lieu de se
dérouler en séance publique, le débat se tint en comité secret. Il s'agissait alors de


IMAGE Imgs/guilbert-th-2.2.201.gif

118Ibid., p. 488.
119Ibid.
120CABANES, C.M., (1915), p. 79.
121P. BOURGET, C.M., (1915), p. 135.
122BEHIER, séance du 7/3/1871, B.A.M., (1871).

241