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  1. L'herméneutique des catastrophes


La lecture hygiénique des guerres est une activité tranquille qui se passe dans le
confort des bureaux. Avec comme hypothèses de départ qu'elles se reproduiront et
qu'elles suivent des logiques déchiffrables, le chambrelan-herméneute s'essaye à
l'art difficile de juger dans tout ce mauvais ce qui peut être moins pire. Ici,
l'absurde emballe la logique et empâte la normalisation d'une nébuleuse
d'exceptions pressenties. Dans cette turbulence du sens, il faut comparer les
hécatombes, désagréger les menaces, extraire une combinatoire du hasard et
prendre le difficile accent de la conviction. Cette façon d'envisager le futur comme
du passé aménagé, oblige à peser dans le présent ce qui est lourd d'avenir et élimine
les possibilités ultérieures d'étonnement. Ne pas se laisser surprendre est sans
doute la règle générique de la stratégie, puisque l'essence de cette dernière est de
neutraliser le questionnement en lui substituant des systèmes de réponses anticipés.
Or, l'étonnement c'est le signal d'un changement dans le questionnement et, a
fortiori, dans la réponse.

Rompu à toutes les contorsions exploratoires de la prospective, l'hygiéniste
arrive dans la bataille avec une panoplie d'arguments impressionnante qui
embrouille le savoir fragile des organisateurs de la violence.


La digestion du passé


A maintes reprises, nous avons montré le travail amplificateur des guerres.
Primordiale, la gestion du putride a permis au paradigme miasmatique un champ
d'élaboration et de vérification fréquemment remis en chantier au cours du XIXème
siècle. Quant à la restauration des corps, la nécessité d'un appareil de secours et de
soins adapté aux situations limites a fortement contribué aux divers pétrissages
architecturaux que la pierre d'hôpital a subis et décalqués sur la caserne. Parallèle à
la stratégie architecturale, la restauration alimentaire a accéléré la rationalisation de la
réplétion et fait surgir de l'imagination humaine la suppression fictive du temps
avec les conserves d'aliments "frais".

Le choix et la formation des hommes de guerre prit aussi dans le passé la
matière primordiale de sa normalisation, périodiquement révisée par les leçons de
l'aventure coloniale. Ce qu'il reste à mesurer, en fait, n'est pas tant l'emprise du
passé, que les lois d'approche qui ont été utilisées pour le rendre utile.

Toujours, les investigations ont servi à conforter les conduites que les théories
biologiques régnantes avaient prédéterminées. Jamais le passé militaire n'a servi à
réfuter une théorie sanitaire. Il semblait être, bien au contraire, une sorte de
gisement d'arguments capable de les alimenter toutes.

La référence au passé était un des artifices privilégiés pour obtenir une
application de théories déjà expérimentées dans le présent, à petite échelle. Cet arc-
boutage contre l'immense réservoir de l'histoire était alors le lot de toutes les
sciences normalisatrices. La succession d'évènements était prise par l'hygiène
comme une sorte de jurisprudence où il fallait analyser le cheminement rétrospectif
des théories contemporaines et définir le comportement futur.

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