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répondre au manifeste que "l'Allemagne intellectuelle" avait envoyé au "monde
civilisé" signé par 89 savants, pour soutenir l'action du Kaïser.

La guerre des savants ne s'arrêtait pas à la pression morale et politique, c'était
aussi une guerre des sciences.

Et tout d'abord, le succès incontestable de la science allemande était dû à
l'intelligence que les Français en avaient eue et à la propagande qu'elle lui avait faite
dès avant 1870 : "Nous avions dirigé le courant des élèves vers les Universités
allemandes. Si bien que nos Facultés, autrefois fréquentées par les jeunes gens du
monde entier, depuis quelques années se voyaient dédaignées et abandonnées pour
les Ecoles germaniques. Et c'est nous, Fançais, qui avons fait tout le mal ; c'est
nous qui avons popularisé leurs ouvrages, en les traduisant de leur langue obscure
en notre lucide langue, en changeant leur forme métaphysiquement embrouillée en
notre logique méthode. Ce sont nos professeurs qui ont jeté quelque clarté dans
l'enseignement nébuleux des Universités germaniques, de sorte que cette science
tudesque qui, livrée à son propre essor, n'eût pas franchi les rives du Rhin, grâce à
notre esprit affolé de propagande, s'est répandue dans le monde savant tout
entier" 
123.

Leurs laboratoires furent alors accusés d'être consacrés au "règne de la matière
pure" et ils n'auraient utilisé les ressources de la science que pour annihiler tout
espoir, toute foi.

"Cette science allemande, commençant et finissant à la cellule, définissant
l'homme intellectuel et moral une simple collection de molécules cérébrales, plaçant
la maladie dans une prolifération d'atomes, transformant la physiologie en un pur
phénomène de physique, la vie en une simple réaction chimique, et la mort en une
opération bien plus compliquée d'évaporation, de dissociation, d'endosmose et
d'exosmose..."
124, quoi d'étonnant à ce qu'elle menât à cette odieuse maxime du
Kaïser : "La force prime le droit" ?

Crime suprême, les Allemands avaient voulu retirer à la médecine son
autonomie et en faire une science de pure spéculation qui n'aurait été qu'une
branche de l'histoire naturelle et même une simple partie de la biologie. Alors qu'en
France, elle était devenue un art et que la thérapeutique tendait "à se réduire à sa
plus simple expression qui est l'hygiène"
125.

Avaient-ils fait des découvertes ? Pas une seule importante qui n'ait été pillée
aux Français. "Certes, ils se flattent de posséder un Virchow, qui découvrit la
cellule, après Raspail ; un Röntgen qui, s'il trouva les rayons X, devait laisser à
d'autres, notamment Becquerel et Gustave le Bon, le soin d'en tirer parti. Ils ont eu
de Humboldt, qui dépouilla Berthollet et Lavoisier : Haeckel, qui a pillé Lamarck et
Geoffroy Saint-Hilaire. Qu'est-ce, après tout, que ces quelques noms, à côté de
ceux de Pasteur, Berthelot, Claude Bernard, Ampère, Faraday, etc. ?" 
126.

Parallèle à cette guerre des cerveaux, la guerre primordiale des mots s'acharnait
à démontrer la supériorité de la langue française et la dangereuse mégalomanie de
l'Allemagne.

Protoplasma, créé par un botaniste allemand (Hugo Mohl, 1805-1872) l'avait
remporté sur le si méritoire sarcode. Mais leucocyteavait battu l'indésirable
traduction de Lymphzelle : cellule lymphatique. Myéloplaxeavait perdu contre


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123A. LATOUR, cité dans C.M., (1915), p. 291.
124Id., p. 292.
125Ibid., p. 294.
126P. BOURGET, id.

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