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Les Américains ont tout de suite rallié les Anglais dans cette pratique qui était
reconnue supérieure par les Français, mais "dans l'ordre de l'hygiène pure", car la
discipline et la manipulation qu'elle impliquait était pour eux inassimilables. L'idéal
aurait été de brûler le tout : urines et fèces , mais des expériences en ce sens, faites à
l'hôpital du Val de Grâce en 1905, avaient démontré l'extrême complexité des
appareils indispensables à l'opération et techniquement, tout restait à inventer.
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L'inhumain procédé anglais en matérialisait d'ailleurs la preuve.
Parallèlement aux nuisances humaines (cadavres et excréments), la question des
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parasites, vecteurs de maladies, obsédait les hygiénistes militaires.
Propagateurs potentiels de la peste, les rats étaient le cauchemar des combattants
qui s'en plaignaient par lettres au Service de santé de l'armée : "Le soldat des
tranchées, en effet, est privé, du fait de l'envahissement de ces rongeurs, des
heures nécessaires et bienfaisantes du sommeil ; dans les accalmies de la
canonnade, au moment où le repos réparateur pourrait se produire, ces hôtes
indésirables ne craignent pas d'envahir les gourbis, de détruire tout ce qui tombe à
leur portée, de s'attaquer même à l'homme endormi et probablement souvent aussi
au blessé privé de mouvement et que les brancardiers n'ont pas relevé" 93.
Pour les tuer, c'est l'évidence, on prit l'appareil Clayton qui servait dans les
ports pour dératiser les cales des navires par le gaz sulfureux (SO2). Mais certains
hommes firent de cette activité une forme d'art cynégétique. Ils inventèrent des
pièges très ingénieux et utilisèrent des ruses qu'ils avaient parfois apprises dans la
vie civile : "M. Loir (du Havre), à qui la destruction des rongeurs est chose bien
connue, ne citait-il pas le cas extraordinaire de ce trappeur (de son métier tueur de
rats au bureau d'hygiène du Havre), qui déclare, non sans satisfaction, avoir tué
dans les tranchées, en 105 jours et de sa main, 5 437 rats. "Je tue plus de rats que
de Boches", ajoute-t-il avec un certain orgueil" 94.
Mais le rat est un ennemi difficile qui apprend vite à éviter les pièges et les
équipes de brancardiers s'en allaient sans les avoir tous détruits (malgré les chiffres
impressionnants 46 000 en quatre mois, tués par les chiens ratiers ou des appâts
toxiques sur un secteur de 7 à 8 km de front et sur 3 à 4 km de profondeur).
Les mouches, les poux et les rats firent entrer les zoologistes sur la scène
scientifique du front. Ils expliquèrent au soldat comment éviter leur développement
et laissèrent à quelques maximes le soin de normaliser les comportements pendant
que les désinfecteurs, les doucheurs et les étuveurs luttaient plus scientifiquement
contre cette tempête de parasites porteurs de germes.
"On a le nombre de rats qu'on mérite par sa malpropreté"
"Qui sème sa gamelle fait pousser des rats"
"Le pou du corps ne vit que sur des individus qui ne changent pas de linge. Ses
oeufs sont couvés par l'homme qui ne quitte pas ses vêtements pendant la nuit",
etc.
Ces sentences, illustrées par le terrible tableau du porteur de germe que la
mouche, à elle seule concrétise, devait ajouter à l'épouvante du poilu (si cela était
encore possible) : "La mouche pond dans les ordures, les détritus de cuisine, les
excréments humains et surtout dans la litière et le fumier de cheval ; elle trouve sa
nourriture dans les feuillées, ainsi que sur les cadavres restés sans sépulture.


93 CAYREL (médecin major, médecin chef de la section d'hygiène et de prophylaxie d'un corps
d'armée), "La destruction des rats dans les tranchées", HPML, XXVI, (1916), p. 50.
94 Id., p. 56.
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