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organiser l'hospitalisation, l'isolement et la désinfection que la contagion pouvait
rendre nécessaires.
L'assistance de bactériologues fut même adjointe aux délégués des
circonscriptions menacées par l'épidémie de choléra en provenance d'Autriche-
Hongrie, dès 1915.
En 1915, un arrêté ministériel fut pris sur la proposition du sous-secrétaire
d'Etat du service de santé militaire (de ceux qui, en 1906, réconfortaient l'opinion
en visitant les casernes). Il chargeait un médecin-inspecteur général, relevant
directement du Ministère de la guerre, de contrôler toutes les questions intéressant
l'hygiène des militaires et même, en ce qui concernait les maladies épidémiques,
l'hygiène corrélative des civils. Le premier inspecteur permanent de l'hygiène et de
l'état sanitaire des troupes à l'intérieur fut un membre de l'Académie de médecine,
qui fit d'office partie d'une mission simultanément créée pour la durée de la guerre,
sous la présidence du sous-secrétaire d'Etat du service de santé militaire chargé de
la prophylaxie dans la zone de l'intérieur. Les plus grands pastoriens étaient dans
ses rangs : Roux (directeur de l'Institut Pasteur, membre de l'Académie de
médecine, président du Conseil supérieur d'hygiène publique de France) ; Laveran
(membre de l'Institut, de l'Académie et du CHS de la Seine) ; Brisac (directeur de
l'Assistance et de l'Hygiène publiques au ministère de l'Intérieur), etc.
Dans ce mouvement institutionnel de crise, on peut constater, non seulement la
consécration de l'hygiène et des médecins dans la défense du pays, mais également
l'importance attachée à la mixité civile et militaire que les pastoriens tempéraient
quelque peu, idéologiquement. L'installation de laboratoires bactériologiques et
toxicologiques par division et corps d'armée en 1916, chapeautés par un laboratoire
central de prophylaxie des armées, matérialise la pénétration type du pastorisme et
l'accélération d'un processus qui n'était qu'administratif au début de la guerre. Le
dépistage des maladies dans leur stade le plus initial, permit d'éviter l'habituelle
morbidité qui décimait les armées et la population en temps de guerre.
Dans ce même mouvement de prise en compte d'une masse de corps qui
exigeait une nouvelle organisation et une révision des sensibilités corporatistes,
l'onction vaccinatoire, distribuée d'abord dans l'armée et autant que faire se put
dans la population civile, arrivait pour couronner cette publicisation logique des
médecines militaire et civile mobilisées.
Prescrite dans l'armée depuis le 30 juin 1848 par une note ministérielle, la
vaccination contre la variole avait subi bien des vicissitudes. Les statistiques avaient
parfois prouvé que les vaccinations et revaccinations n'avaient servi à rien et que les
cas étaient même quelquefois plus nombreux après les nouvelles prescriptions.
Mais à la veille de la guerre, l'exemple de l'Allemagne qui, la première avait
éradiqué la maladie 88 dans toute la population par ce moyen 89, fit compléter la loi
de 1902 sur la santé publique par l'article suivant : "En cas de guerre, de calamité
publique, d'épidémie ou de menace d'épidémie, la vaccination ou la revaccination
antivariolique peut être rendue obligatoire par décret ou par arrêtés préfectoraux
pour toute personne, quel que soit son âge, qui ne pourra justifier avoir été vaccinée
ou revaccinée avec succès depuis moins de cinq ans".
Restait cependant à l'appliquer. Dans l'armée, l'opération fut menée rondement
et un seul cas de décès par variole a été enregistré au cours du conflit. On ignore ce
qu'il en fut dans la population civile assez réfractaire aux vaccinations.


88 La vaccination y était obligatoire pour tous depuis 1874 (Reichimpfgesetz).
89 M. LEGOUEST, "la variole, la vaccination et la revaccination dans l'armée", HPML, V,
(1881), p. 326.
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