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D'ailleurs, même si l'on s'abaisse à raisonner dans les sphères habituelles de la
logique administrative, l'hygiène ne peut-elle pas, après tout, gagner la partie ? La
loi du 21 juillet 1881 et le décret du 22 juin 1882 ont placé la police sanitaire des
animaux et les abattoirs sous l'autorité du ministre de l'Agriculture et du Comité des
épizooties. Alors, de quoi se mêlent le ministre du Commerce et son Comité des
Arts et Manufactures ? Que peuvent-ils face à cette loi pionnière qui, au grand dam
des hygiénistes, dicte une grammaire des comportements face à la contagion
animale, bien avant qu'un texte quelconque ne joue efficacement ce rôle pour la
contagion humaine ?
61

L'Ordonnance de 1838 elle-même, en son article 4, charge de son exécution
deux ministères
62qui en forment trois sous la IIIème République : le ministère du
Commerce, le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Intérieur. Alors, la
Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle va adresser, au nom de
l'hygiène, une requête auprès du ministre de l'Intérieur. Celui-ci transmettra la de-
mande au Comité consultatif d'hygiène de France et, le 18 janvier 1894, un décret
en Conseil d'Etat donne enfin satisfaction à l'hygiène en chargeant le Préfet de dé-
limiter le périmètre de suppression des tueries particulières.

Cette victoire de l'hygiène sur le Comité des Arts et Manufactures est impor-
tante, parce qu'elle est la première et qu'elle confirme l'intérêt croissant du pouvoir
politique pour les questions de santé publique à la fin du XIXème siècle.

En ce qui concerne l'historique de la suppression des tueries particulières, les
choses ne se résoudront entièrement qu'à notre époque, mais la grande loi de 1905
leur portera déjà un grand coup en facilitant, par des taxes et subventions, la créa-
tion d'abattoirs publics dans les villes.

Cependant, les abattoirs, s'ils ne sont pas surveillés efficacement, ne pourront
remplir leur fonction d'assainissement et de "brevet de civilisation".La police
sanitaire, d'une façon générale, est organisée dans un désordre tel, qu'elle révèle de
façon étonnante les imbroglios de pouvoir et, par là, les points morts de
l'hygiénisme.


L'inspection sanitaire en désordre


Depuis longtemps déjà, le commerce des viandes faisait l'objet de
surveillance 
63. Sous l'Ancien Régime, on craignait par-dessus tout la ladrerie du
porc, et de très nombreux textes juridiques tentaient de l'écarter des chemins de la
consommation. Quelquefois, de très graves sanctions pénales étaient appliquées
64,
mais il s'agissait là d'un simple déploiement de force pour intimider. Le but du
pouvoir royal, en instituant une police sanitaire alimentaire, était plus d'assurer des

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61En 1902 seulement, une grande loi sanitaire règlera partiellement la question.
62Le ministère des Travaux Publics, de l'Agriculture et du Commerce et le ministère de
l'Intérieur.
63Le grand et solennel règlement du 30 janvier 1350 fait par le Roi Jean et l'ordonnance du 22
novembre de la même année faite par le Prévôt de Paris (Hugues AUBRIOT) sont les plus anciens
textes français en la matière. Ils traitent, en partie, de la ladrerie (cysticercose).
64Un arrêt de la Chambre de justice du 28 mai 1716 condamne un marchand de viandes ladres à 10
ans de bannissement, à 50 000 livres d'amende, à l'exclusion du commerce des boucheries et "à
faire amende honorable, nu en chemise, la corde au cou, tenant en ses mains une torche en cire
ardente, du poids de deux livres, ayant écriteau devant et derrière portant ces mots : directeur des
boucheries qui a distribué des viandes ladres aux soldats", A. DELPECH, "De la ladrerie du porc",
HPML, XXI, (1864), p. 257.

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