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De cette chute morale partaient en cascade d'autres dégringolades où la
recherche du plaisir s'emmêlait significativement avec les nécessités vitales.
Une combinatoire de la chute

Pour les trois maladies et dans tous les textes, l'urbanisation est à l'origine du
péril. Provocatrice d'un entassement généralisé, elle multiplie les taudis et fait de la
rue un déversoir de la misère qui menace le bourgeois y passant, et souille l'air des
villes. Dans cette artère de perdition, le poison moral a des préférences et
s'agglutine au cabaret. La chute alcoolique, compliquée de culture et de politique,
révélera l'audace et l'impuissance de l'hygiène d'avant-guerre.

La dissolution urbaine

Pendant longtemps, du moins peut-on le supposer à la lumière jetée par
certains textes du XVIIème siècle 3, une différence dans les moeurs alimentaires
séparait les citadins et les campagnards : le petit peuple des villes buvait du vin,
alors que celui des champs s'en privait 4. Dion explique ce décalage (surprenant
puisqu'il était vrai même en pays vignoble) par le statut des gens. Avant le
machinisme, les domestiques étaient l'élément dominant de la basse classe des
villes. Or, ils buvaient traditionnellement comme leurs maîtres : "L'usage voulait en
effet qu'ils donnassent à leurs serviteurs une boisson de même nature, sinon de
même qualité, que celle dont ils usaient ordinairement eux-mêmes. Ce trait de
moeurs remonte en France à la plus haute antiquité. On le trouve dans les statuts
dont l'abbé Adalhard dota en 822 le monastère de Corbie, comme en des textes plus
récents concernant la nourriture fournie aux gens de labeur par leurs maîtres
ecclésiastiques ou laïcs" 5.
Alors que le plus grand nombre des paysans étaient pauvres et se nourrissaient
autarciquement, que les petits vignerons eux-mêmes ne buvaient pas leur vin mais
une piquette qu'ils fabriquaient avec les marcs, les cabarets abondaient déjà dans
les villes.
L'augmentation de cette consommation n'est pas liée, pour Dion, à
l'augmentation de la richesse et du bien-être, mais à une conduite culturelle :
"L'attitude de ces petites gens est surtout remarquable en ceci, qu'elle fut un effet
de l'amour-propre, plus que du besoin physique : ils eussent été moins humiliés,
peut-être, de vivre en taudis que de renoncer à boire du vin. Le comportement des
classes opulentes ou privilégiées, cette fois encore, déterminera celui de la
masse" 6.


3 Voir R. DION, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXème siècle, Paris,
1959, p. 472.
4 En 1910 encore, la moyenne de consommation par habitant est de 2,97 l à la campagne, alors
qu'elle est de 4,96 l à la ville. Cf. P.R. "Consommation de l'alcool en 1910", HPML, XVII,
(1912), p. 263.
5 DION, op. cit., p. 474.
6 Id., p. 476.
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