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Cuisson d'un corps mort-vivant, le mal occasionne des hémorragies qui font du
sang déversé par la bouche, le signe de la blessure et du désordre alors obsédant de
la mort et de la vie.
Il ne faudrait pas croire que ces analyses stationnent innocemment dans le
vaste garage des théories oniriques. Voyons par exemple l'usage du mythe fait en
janvier 1920 par les Annales anti-alcooliques : "Les Egyptiens ne consommèrent
pas le vin avant le VIIe siècle avant J.-C., et ils n'en offraient pas aux dieux,
estimant qu'il ne leur était point agréable parce qu'il provenait du sang des guerriers
morts, mêlé à la terre. C'est pourquoi, ceux qui s'enivrent perdent l'entendement et
l'usage de la raison, comme étant remplis du sang de leurs prédécesseurs. Depuis
lors, la couleur rouge du vin a créé, par analogie avec la couleur du sang, le préjugé
que le vin pouvait remplacer le sang. On ne verra jamais, on le sait, un médecin
traditionaliste prescrire le vin blanc, mais bien le vin rouge, à titre de fortifiant" 1.
La consommation de sang frais, par les phtisiques, cristallise un cannibalisme
profondément ressenti dans le mécanisme de la contagion lui-même. Le cracheur ne
dévore-t-il pas son semblable par l'intermédiaire de bacilles impunément semés ?
Mais à cette résonance lointaine, commune aux trois maladies, s'associe une
représentation métaphysique à la portée de tous les dires.

L'âme en péril
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"Et à la fin du compte, fatigué d'avoir
marché, il sentait encore les vieux désirs
qui le poussaient. Pour avoir la paix, il
prenait la première venue et, sur un lit
d'hôtel meublé, moyennant quarante sous,
se déversait dans une fille sale comme le
déversoir public" 2.
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Maladies de combustion lente, les trois fléaux sécrètent individuellement une
sorte d'enfer portatif où l'âme en souffrance paie les dettes du désir autant que le
corps.
Du corps alangui des phtisiques et des prostituées, l'horizontalité menace aussi
l'alcoolique, et de ces victimes étendues d'une mort lente et longue, l'âme, touchée,
s'enfièvre.
Chaque victime a cédé à une forme de désir qui se confond avec le mal et fait
le mal. "Mal nécessaire" pour la syphilis, "diable au corps" pour l'alcoolisme,
l'idée du péché domine les vies dont le cours demeure mais s'assortit d'un
châtiment qui plane, flétrit et tue tardivement.
L'âme compromise dit la complexité d'une perception du mal que les
découvertes scientifiques vont bouleverser. Ce bel arrangement métaphorique
permit longtemps un discours cohérent qui décrivait, à sa manière, l'intrication
imaginaire de maladies qui dépassaient les autres par le nombre des victimes, mais
aussi par un symbolisme ontologique curieusement mis à mal.


1 Cité dans C.M., (1920), p. 140.
2 Ch. L. PHILIPPE, Charles Blanchard, (roman), 1910, p. 24.
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