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marchand de microbes épouse la fille aux ovaires), la psychiatriechez Ibsen
(automatisme psychologique :
Brand(dès 1866) ; l'hystérie : Maison de Poupée,
les tares ancestrales (dégénérescence alcoolique) :
les Revenants; psychopathie
infantile :
le Canard sauvage), l'univers médical du docteur A P Tchekhov et les
bouleversements sociologiques de la médecine (
Ma femme est docteur, comédie
en un acte de F. Carré) ; les fictions techniques comme la transfusion de sang (
La
Bûcheronne
, Ch. Edmond en 1900).

Ce rapide et incomplet inventaire, révèle combien le temps du mal de la
médecine s'était confondu avec celui du théâtre où "il semble que le difficile et
l'impossible même deviennent tout à coup notre élément normal",
170Tout ce qui
touchait au sexe et surtout à la reproduction, terrain piégé car occupé et privilégié à
la fois par la médecine et par la religion, était menacé d'interdiction. En définissant
l'innommable, la censure montrait les limites d'un impossible si banalisé qu'il
pouvait devenir normalisé et en véritable thérapeutique de l'évolution culturelle,
tranchait dans le temps du mal, celui qui ne devait pas advenir.
171

Comme au temps des anatomistes délinquants, la liberté de dépecer et de
révéler ce qu'est le corps soustrait de la personne par le mal comme il l'est par la
mort, est en cause. Une fois de plus, l'étau civilisateur se resserre et sépare
l'activité scientifique (qui dans son monde spécifique peut s'occuper de la chose-
corps) de l'activité culturelle qui digère tant qu'elle peut l'artifice et subit des purges
salutaires pour une civilisation qui refuse obstinément ce qu'elle considère comme
une réduction insupportable de l'humain.

Le droit d'imaginer a donc lui aussi son code. Nous avons préféré
l'appréhender dans le théâtre plutôt que dans la littérature, parce qu'il charriait une
culture depuis longtemps populaire et particulièrement développée à la fin du
XIXème siècle. En cela, il semblait une sorte de décantation signifiante de ce qu'on
pouvait, par ailleurs, trouver dans de très nombreux romans "médico-sociaux".

Sous l'apparent cadeau, transparaît comme toujours dans les codes, une perte
contractuelle de la liberté. S'agissant, pour ce qui nous occupe, de l'établissement
d'une représentation de l'humanité à un moment de son histoire, on y voit défiler
l'espèce travaillée par la science, elle-même contrôlée par la civilisation. Si le
personnage du dégénéré envahit le théâtre comme il envahit la pathologie, ce n'est
pas seulement parce qu'il est contagieux, mais parce qu'il est le personnage qui
focalise les inquiétudes spécifiques de l'époque.

Lui assigner des limites doit donc être considéré avant tout chose comme une
"thérapeutique de l'angoisse "
172non pas seulement pour le mal qui est dit même
quand il est innommable, mais pour celui, plus souterrain, qui menace ce qui
ressemble à une immanence mais n'est qu'un arrangement normatif
naturalisé: la
civilisation.

"Les médecins qui parcourent les campagnes avec
leur gros sang et leurs idées sereines, passent dans
les maisons et regardent les maladies comme un
conducteur des Ponts et Chaussées regarde un
remblai qu'il faut combler. Les hommes sont de
simples matières où l'on exerce son métier."
173

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170ARTAUD, id., p. 37.
171Elle mériterait, à ce titre, une étude juridique dépassant volontairement l'étiologie des thèmes
et l'évolution des procédures pour s'occuper d'une tératologie du "dire".
172J.P. BAUD, Sida et Libertés, op. cit., p. 27. "Les frontières sont une thérapeutique de
l'angoisse."
173Ch.L. PHILIPPE, La mère et l'enfant, (premier roman publié par la N.R.F), Paris,
Gallimard, 1911.

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