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musée de la dégénérescence : "Cette documentation ne diffère pas sensiblement de
celle fournie par les textes. Comme ces derniers, elle est justiciable de la critique
scientifique, de l'examen des sources, de la sincérité des auteurs. Ils présentent, en
outre, ceci de commun avec les documents historiques, auxquels ils sont peut-être
en cela supérieurs, que leurs auteurs n'ont jamais songé au parti qu'on en pourrait
tirer un jour"
143.

Dépassant ainsi l'étude de l'individu royal pour faire celle de sa lignée et de
son histoire sanitaire, l'anthropométrie "inventait" les sources de vérification de ses
théories dans un univers traditionnellement amplificateur parce que socialement
exceptionnel. Cependant, plutôt qu'une remontée du général (la dégénérescence du
peuple) au simple lumineux (la dégénérescence des grands), qui s'établirait sur une
logique de la correspondance médecine publique/médecine royale, nous y voyons
un détournement qui joue à la fois sur l'insolence de la science face au pouvoir et
sur le retentissement consécutif qu'elle espère en tirer.

Bien différente dans ses objectifs et tout aussi irrévérencieuse que
l'anthropologie des souverains, ce qu'on a appelé à la fin du XIXème siècle,
l'anthropologie surnormale
144, étudiait depuis un siècle leshommes qui
surpassaient psychiquement ou physiquement la normale. Directement concurrente
de l'histoire, de la psychologie et de l'art, l'anthropologie "doit embrasser tous les
groupes humains de tous les temps"
145et pour ce faire, elle classe les génies en
demi-fous et quart de fous, faisant de leurs corps sa chose : "L'homme de génie ne
pouvait échapper aux méthodes scientifiques. Il a sa place marquée dans l'immense
cadre de nos connaissances : c'est à l'anthropologie qu'il appartient"
146.

Aussi mal établies pour le génie que pour le dégénéré, les définitions vont
souvent se confondre, les génies ayant pour certains (Lombroso, Moreau de Tours)
une propension à la folie. Mais, le but de "l'anthropologie surnormale" se distingue
volontairement de celui de ses prédécesseurs scientifiques en écartant d'emblée ce
qui en avait fait l'essence : "Il m'a semblé que l'étude des hommes supérieurs était
par elle-même assez importante et assez complexe pour qu'on pût la distraire de la
psychiatrie, et en faire l'objet d'une science à part"
147. Il s'agissait maintenant de
trouver dans l'étude des grands hommes, un savoir pratiquequi permettrait à
l'espèce de s'améliorer. L'observation de l'hérédité, du milieu et en général du
"régime" des génies, devait donner aux vétérinaires humains la recette des bons
croisements et de la saine orthopédie : "Alors, en effet, que les éleveurs
perfectionnent scientifiquement les races domestiques, nous ne pouvons guider les
unions humaines par aucun conseil réfléchi, et l'art pédagogique, cet élevage
humain, en est encore aux incertitudes du moyen-âge"
148.

Dans l'étude des grands esprits, le même glissement que dans celle des nobles
s'était produit : on était passé de l'individu à l'espèce et l'antienne psalmodiée par
les anthropologues - eugénistes à propos de la médecine vétérinaire, si performante,
pouvait suffire à les identifier.


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143Dr. V. GALIPPE (membre de l'Académie de médecine), "Les familles souveraines et la
dégénérescence ; considérations générales sur le prognathisme inférieur ; étude critique des
documents iconographiques. Les Habsbourg", extrait de L'hérédité des stigmates de
dégénérescence et les familles souveraines
, Paris, Masson, 1905, publié dans C.M., XIV,
(15/7/1905), p. 474 (du recueil annuel).
144Dr. Ch. BINET-SANGLE, Revue encyclopédique, 6/9/1896, se citant dans C.M., (1898),
p. 625.
145Id., p. 626.
146Ibid., c'est nous qui soulignons.
147Ibid., p. 629.
148Ibid., p. 662.

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