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pour une compétence préalablement reconnue, "Messieurs les Premiers" 134
trouvaient là une amplification nationale à leur audience et chaque grand seigneur
voulut avoir aussi un "micro-ministère" de la Santé. Le corps du roi, sujet
d'expérience inaccoutumé, excluait la possibilité de se tromper, transformant l'acte
médical en vitrine de la réussite obligée de la médecine, y compris dans la
compréhension de son impuissance quand la maladie n'était pas curable.

Ce savoir, authentifié, était copié. Il guidait les conduites en matière de santé
comme l'habit du roi guidait les conduites en matière de mode. Cependant, si son
audience privilégiée a favorisé le développement d'"industries sanitaires" (Jardin du
roi, etc.), sa dimension est demeurée individuelle, exemplaire et circonstancielle. A
la fin du XIXème siècle, quand apparaît officiellement la médecine publique, la
distinction entre une médecine rendue publique parce qu'elle soigne la "farce" de
l'institution et une médecine, publique, parce qu'elle soigne la population en son
entier, est riche d'enseignements. Le corps de l'individu a perdu son intérêt au
profit de celui, multiplié à la fois dans l'espace et dans l'histoire, de l'espèce. Or, si
le corps du roi pouvait être confondu avec celui de la France ou des Français pris
individuellement, il ne pouvait l'être avec celui des Français dans leur ensemble.
Cela aurait été confondre la médecine vétérinaire avec celle du pâtre.

Médecine au bénéfice du groupe, la médecine publique est la négation de la
médecine royale, en ceci, qu'elle nie l'individu (qui peut mourir d'une vaccination
comme on meurt pour sa patrie). Et justement, ce qui est à l'origine de la médecine
publique, c'est la médecine militaire. Une certaine conception du sacrifice au profit
du groupe, impensable dans la médecine royale, réalise l'essentiel du distinguo. Le
sentiment patriotique fonde la médecine publique et lui insuffle ce primordial
paradoxe de l'éventuel sacrifice des corps au profit de la fiction d'un corps fait de
corps.

Peut-être objectera-t-on que le pouvoir use les corps et que de cette manière, la
santé royale est aussi l'objet d'un sacrifice et comme les taxinomies ont toujours
quelque chose d'artificiel, la prise en compte d'un corps au travail, dans le métier
éprouvant de roi, va étrangement rejoindre les préoccupations, non pas de la
médecine publique, mais plus largement, celles de l'hygiène sociale.


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134Leur charge était si importante, qu'on devait les appeler comme le président du Parlement.

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