- Le pouvoir désenchanté

Mis à "la tête" des institutions, le roi s'offre plus qu'à l'observation, il s'offre
à l'histoire. Peint, statufié ou raconté, son corps laisse des traces matérielles qui
sont l'objet d'études diverses. La perception "sanitaire" des corps régnants donne
une nouvelle dimension à la légitimité et, en cela, interroge sur l'ordre réel des
choses de la puissance.

La farce des institutions
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Structures imaginées par des hommes et pour des hommes, les institutions
doivent d'abord faire la démonstration de leur humanité et les critiques qu'on leur
adressera en tout premier lieu porteront sur cette appartenance fondamentale.
Cependant, si les personnes à qui les institutions confient le pouvoir ont des corps,
l'investiture elle-même les transforme, puisqu'elle les charge d'extraordinaire. Or,
il n'est pas de moyenne possible : ou le corps est humain, ou il ne l'est pas.
Les institutions jouent implicitement sur cette alchimie : dépositaire d'un
pouvoir, la personne n'est plus personne et son corps, viande illustre, farcit tout de
même l'institution. Le quiproquo n'est pas anodin, il sert à établir et à légitimer par
une fraternité dans la chose-corps, la domination des uns sur les autres. Mais
l'artifice, s'il est utile, est fragile.
Que les rois soient mortels, les assassinats sont là pour le démontrer. Le
corps, quoiqu'abondamment saigné, amputé ou empoisonné, y conserve sa magie
puisqu'il a concentré l'attention des spectateurs dans cette supra-observation qu'est
l'histoire.
La maladie, mal "naturel" de l'individu, si elle touche la personne, la rend
symboliquement très vulnérable. Tout d'abord, elle peut suggérer l'évolution d'une
chute du pouvoir et remettre en cause sa légitimité. Elle est comme une crevaison
dans les institutions qu'il faut réparer. Cette urgence est à l'origine d'une médecine
qui, soignant le pouvoir, s'est imprégnée de son extraordinaire et a très vite
dépassé l'espace du cabinet particulier. "Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le
corps du roi est au centre de la santé française. La société médicale fournie par les
médecins, chirurgiens et apothicaires du roi, forme un réel ministère de la Santé
auquel l'Ancien Régime doit toutes les grandes innovations sanitaires (Jardin du
roi, Académie de chirurgie, Société royale de médecine, etc.)" 133. Qui soignait le
corps du roi, soignait du même coup l'institution menacée. Nécessairement choisis


132 P. LEGENDRE, Jouir du pouvoir, Traité de la bureaucratie patriote, Paris, Les Editions de
Minuit, collection "Critique", 1976, p. 28.
133 J.P. BAUD, "Les maladies exotiques", Sida et Libertés. La régulation d'une épidémie dans
un Etat de droit, Paris, Actes Sud, 1991, p. 29.
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