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quand les premières unions étaient demeurées stériles ou n'avaient produit que des
filles ; à des demandes en dispense de voeux ; à des transmissions du nom, par les
femmes, dans des familles étrangères, etc."
139.

La crainte de la ruine tout court, faisait du reste oublier la norme fondamentale
de la conservation du sang bleu: "Le comte de Boulainvilliers, qui ne pouvait s'en
tenir d'indignation, se plaignait amèrement dans ses écrits, "que la nécessité
d'argent eût conduit la noblesse à un tel oubli de soi-même, qu'elle n'avait pas
honte de mêler son sang à celui des plus vils roturiers, et de le faire passer dans ses
veines. On recherche avidement, disait-il, les filles des riches partisans, parce que
c'est l'unique moyen d'acheter de grosses charges, ou de payer des dettes, et l'on
oublie que la noblesse est un privilège naturel et incommunicable d'autre manière
que par la voie de la naissance""
140.

Exactement contemporaine de cet abâtardissement, l'observation de la
dégénérescence révèle une tactique élémentaire du pouvoir sanitaire : la remise en
cause de la légitimité pour une question "harmonique" de santé. En jouant le
mariage sur un instrument désaccordé, on avait obtenu une musique de pygmées :
"Et tandis que le mélange de la classe bourgeoise avec la noblesse devenait tous les
jours plus fréquent, l'affaiblissement de celle-ci devenait partout tellement évidente
dans les pays où l'orgueil du préjugé avait fléchi comme dans ceux où il avait gardé
toute sa force, qu'en Angleterre, Pope faisait remarquer à Spencer que l'air noble
que la noblesse anglaise devait avoir était précisément celui qu'elle n'avait pas ;
qu'en Espagne, on disait que, lorsqu'on annonçait dans un salon un grand de cette
nation, on devait s'attendre à voir entrer une espèce d'avorton (a) ; qu'enfin, en
France, on imprimait qu'en voyant cette foule d'hommes qui composaient les
hautes classes de l'Etat, on croyait être dans une société de malades (b) ; et que le
marquis de Mirabeau lui-même, dans son Ami des hommes, les traitait de
pygmées, de plantes sèches et mal nourries (c)"
141.

Techniquement justifiée par le droit d'aînesse, le mariage consanguin, la vie
luxueuse et amollissante, le duel, l'hécatombe guerrière et autres privilèges de
classe, la dégénérescence ne faisait aucun doute pour Benoiston de Châteauneuf :
"On ne critique point ce qui n'existe pas, et il demeurera toujours vrai que, dans le
cours des derniers siècles, la dégénération des familles nobles en était venue partout
à ce point qu'elle frappait tous les yeux"
142.

C'est que l'obsédante préoccupation de fécondité des familles royales offrait à
l'hygiéniste du XIXème siècle un filon historique impressionnant sur une question
qui lui tenait à coeur. La fin du XIXème siècle verra même les anthropologues,
spécialistes des débordements et détournements en tous genres, utiliser la galerie de
portraits princiers des Habsbourg comme matériel d'observation. La détection du
prognathisme inférieur, corrigée par la prise en compte de la courtisanerie des
peintres (les sculpteurs, médaillistes et graveurs étaient jugés plus sincères),
s'émerveille d'une trouvaille qui faisait d'un antique conservatoire de l'hérédité, un

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139BENOISTON de CHATEAUNEUF, "Mémoire sur la durée des familles nobles de France",
HPML, XXXV, (1846), p. 29.
140Id., p. 38, citant l'Ancien gouvernement de la France, II, p. 37-38.
141Ibid., p. 39 et 40, citant :
(a) Revue Britannique, XIII,(1843), p. 259, du Blason espagnol.
(b) MOHEAU, Recherches sur la population de la France, liv. 1er, ch. IX, p. 122.
(c) L'ami des hommes, t. 1er, ch. V, p. 114 de l'édition in 4º.
"... On est tenté de croire que l'espèce humaine a dégénéré en France, au moins dans la classe des
gens de qualité, et cette présomption ne sera pas sans quelque vraisemblance, si l'on considère
qu'une suite de générations d'hommes amollis par l'oisiveté doit donner des hommes moins forts
que n'étaient leurs aïeux. Heureusement, rien n'annonce cette dégradation dans la force des gens du
peuple", (MOHEAU, ouvrage cité, liv. I, chap. IX, p. 122).
142Id., p. 40.

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